Luc DESAGES et Auguste DESMOULINS :

les deux beaux-frères d'une même famille idéologique : profils comparés... et comparables ?

Où apparaît un cinéaste bien connu

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Cette contribution, dont la méthode est surtout biographique et généalogique, ne prétend pas transmettre des connaissances fondamentalement nouvelles sur Luc DESAGES et Auguste DESMOULINS. Quelques articles pertinents ont déjà été rédigés sur eux sans que nous puissions y ajouter quelques choses de plus. C'était surtout la comparaison de leur profils respectifs qui nous a intéressés, voire même interpelés, faisant jaillir des différences pertinentes. Car, ayant connu des "vies et oeuvres communes" à certains moments de leur vie, ils se séparèrent aussi par la force de leur histoire personnelle et politique. Cela dit, il nous a paru utile d'insister sur des aspects peu connus ou ignorés de leur famille respective par l'analyse biographique et généalogique, et celle-ci, comme on le verra, a été, vue sa descendance, particulièrement importante pour la lignée DESAGES.


Luc DESAGES (1820 - 1903) et Auguste DESMOULINS (1823 - 1892) sont effectivement des personnages connus et des noms souvent cités et repris ensemble par les historiens sociaux qui ont abordé et étudié l'histoire et les idées du "groupe LEROUX" au cours de son odyssée politico-géographique. Car ils ont rejoint tous les deux les idées et le groupe de Pierre Henri LEROUX à peu près au même moment, à Paris pour Auguste DESMOULINS et à Boussac (Creuse) pour Luc DESAGES (qui fut cependant le disciple de LEROUX à Paris). Mais les deux hommes étaient très différents d'origine, de formation et d'attitude.


François Auguste DESMOULINS, ainsi dénommé de son identité complète, naquit près de Paris d'une famille d'artistes-peintres originaire de Picardie et de Champagne : il naquit, enfant naturel, à Noisy-le-Sec, en actuelle Seine-Saint-Denis, un certain 20 juillet 1823 (1). Son père, François Barthélémy Augustin DESMOULINS (1788–1856), était artiste peintre et acquit même une certaine notoriété (2) - on l'a dit descendant de Camille DESMOULINS, un personnage qui joua un rôle très important pendant la période révolutionnaire française (guillotiné en 1794), relation que, jusqu'à présent, nous n'avons pu établir (3) ; sa mère, compagne de son père, Alexandrine Caroline Isabelle BOUDEVILLE (1796–1876), procédait d'une famille d'artisans relieurs, son père, François Esprit Auguste BOUDEVILLE, originaire de Champagne, époux d'Elisabeth OUDENARDE, pratiquait la peinture et la dorure au Faubourg Saint-Honoré de Paris - il mourut en 1825 (4). C'est du reste dans la maison de son grand-père maternel qu'Auguste DESMOULINS vécut une partie de sa jeunesse et qu'il se permit d'avoir, dans les dernières années de sa vie, une correspondance avec Flora TRISTAN (1803-1844) (5), une militante socialiste et féminine d'orgine bourgeoise et noble, française par sa mère et péruvienne par son père... qu'elle perdit fort tôt, d'où une vie de misère et un mariage catastrophique... avec un artiste violent qui fut séparé de corps, André François CHAZAL (1796-1860), grand-père maternel d'Eugène Henri Paul GAUGUIN (1848-1903), peintre impressionniste bien connu. Il semble que cette relation, venant essentiellement de son père (la femme d'un collègue), fût déterminante pour le devenir politique du jeune homme, impressionné par le courage et la pugnacité de la jeune femme. Auguste DESMOULINS avait une soeur et un frère, Adélaïde Joséphine (1829-1847) et Félix Eugène (1833-1894), comptable qui, marié à Hermine Virginie Alexandrine LECLER (1836– ?), eut une descendance.


Etienne Luc André DESAGES, ainsi dénommé de son identité complète, naquit un certain 10 septembre 1820 (6) d'une famille terrienne bourgeoise de l'Indre établie à La Châtre, venant de Saint-Sévère, de Néret et d'Urciers principalement, où elle vivait de ses propriétés. Aurore DUPIN (1804-1876), par mariage la barone Dudevant, alias George SAND, en était proche, qui habitait non loin d'elle, dans le Berry, au château de Nohant. Le père d'Etienne Luc, Vincent DESAGES (1795–1878), venant de Néret, s'établit à la Châtre vers 1815, rue de l'abbaye Saint-Abdon, pour exercer la charge de greffier au Tribunal de la Châtre et se maria en 1817 avec la soeur d'un avocat au barreau du-dit tribunal dénommé Sylvain Alexis Pouradier Duteil (1796-1852), Catherine Caroline Pouradier Duteil (1799-1871) (7), configuration familiale qui fut évidemment utilisée par George SAND pour "sortir" Luc DESAGES de ses divers "ennuis" politico-judiciaires. Luc DESAGES était le dernier d'une fratrie de trois enfants, deux filles le précédant, Louise Aline (1817- ?) et Marie Louise Agathe (1818-1908), cette dernière, mariée à Charles Etienne DELAGE (1816-1882), ayant eu une descendance. Enfin, notons que la famille DESAGES, attachée à une certaine aristocratie, s'était, dans une lignée parallèle issue de Luc DESAGES (1801-1872), le petit frère de son père Vincent, alliée en 1898 à Beaulieu-sur-Loire (Loiret) à la famille DESPOND, descendante de l'ex-noblesse foncière solognotte et berrichonne (voir, entre autres, le château de la Grange-Rouge à Autry-le-Châtel, Loiret), par le mariage d'un cousin, Antoine Eugène Luc André DESAGES (1864-1941) avec Marie Louise Isabelle DESPOND (1872-1904) qui, malheureusement, mourut en couche à la naissance du troisième enfant (8). Dans ce contexte, on comprend mieux pourquoi Etienne Luc André DESAGES fut le vilain petit canard... proscrit de sa famille.


Auguste DESMOULINS se lança dans l'institutorat, Luc DESAGES, en droite ligne de son père, telle en noblesse de robe, dans un métier d'avocat. Il n'y avait a priori rien de commun entre les deux hommes, le premier parisien d'adoption, le second provincial de la "France profonde" conservatrice et parisien de passage. L'un et l'autres furent cependant sensibles aux nouvelles idées sociales qui se développaient avec la croissance économique et les inégalités patentes et organisées entre les créateurs de richesses et leur spoliation par les possédants. Si cette évolution sembla aller de soi pour Auguste DESMOULINS, très près des gens malgré ou à cause d'un milieu "artiste", les choses furent beaucoup plus conflictuelles pour Luc DESAGES qui dut prendre ses distances d'avec son "clan familial" habitué à défendre des pouvoirs et des privilèges, ceux de la propriété et du savoir comme instrument de domination car détenu par des "gens de biens" lettrés et disposant d'une certaine culture à opposer bien évidemment à la misère des campagnes. Vincent DESAGES, le père de Luc, ne comprenait pas, voir réprouvait l'attitude de George SAND, pourtant amie des DESAGES et du même rang social, pour ses soutiens financiers apportés au "malheureux" Pierre LEROUX (9). C'est au cours de ses études à Paris que Luc DESAGES, aux prises avec les réalités parisiennes, rencontra Pierre LEROUX et en devint assez rapidement son disciple. Bref, tous les deux, Luc et Auguste, décidèrent, à défaut d'organisations sociales existantes, les pensant justes, de propager les nouvelles idées et le seul moyen fut à leurs yeux le journalisme et l'imprimerie - cependant alors seule accessible aux lettrés prêts à recevoir de nouveaux messages. Enfin, une fois dans le même groupe, notamment au phalanstère de Boussac installé dès 1844 grâce au brevet d'imprimeur reçu par Pierre LEROUX, bien que venus à des moments différents, ils s'employèrent à des tâches similaires si ce n'est complémentaires, notamment la direction de l'imprimerie en l'absence de LEROUX, élu à Paris ; Luc DESAGES fut, en plus de son métier d'avocat, publiciste, Auguste DESMOULINS s'assura de la correspondance commerciale et financière, celle-là même qui lui valut d'être arrêté en juillet 1848. Ils rédigèrent, entre autres, en commun un ouvrage, "La Doctrine de l'Humanité", constitué d'aphorismes, publié en 1848 à l'imprimerie Leroux de Boussac (Creuse). Auguste DESMOULINS et Luc DESAGES se joignirent avec Grégoire CHAMPSEIX sur une "Trilogie sur l’institution du Dimanche" dans la "Revue sociale" de 1847. Luc DESAGES fut corédacteur avec Grégoire CHAMPSEIX et Pauline ROLAND de "l'Éclaireur de l'Indre", proche des idées de George SAND, revue qui cessa de paraître en 1850 par défaut de fonds malgré un déplacement à Paris... pendant la "révolution de février". Ils connurent et fréquentèrent à peu près au même moment deux des filles du premier lit de Pierre LEROUX, Pauline Charlotte LEROUX (1830 - 1905) pour Luc DESAGES et Juliette Henriette LEROUX (1833 - 1884) pour Auguste DESMOULINS. Et c'est ensemble, comme beaux-frères "de fait", qu'ils furent arrêtés en juillet 1848 et, à tort, accusés d'avoir organisé la révolte des canuts à Lyon en 1848 - suite à l'interception d'un courrier d'affaire d'Auguste DESMOULINS par la police judiciaire de Lyon ! Bien-sûr, à la base de cette accusation, ils auraient tous deux participé à Paris à "la révolution de février"... alors qu'ils était initialement venus à Paris chercher de l'argent pour une revue déficitaire... Après un voyage à pied puis en charette d'un mois passant par la ville de Thiers (Puy-de-Dôme), passant de gendarmerie en gendarmerie, enchaînés mais accompagnés de leurs promises, c'est ensemble qu'ils passèrent devant la cours martiale de Lyon, donc hors de leur ressort judiciaire, et que, faute d'arguments valables, bien défendus par Maître ROLLAND qui souligna l'incohérence entre être à Paris, à Boussac et à Lyon en même temps, ils furent relâchés de prison en 1848 après deux mois de détentions préventives et définitivement absouts par le Conseil de Guerre le 4 octobre 1849 sous les pressions de George SAND et, l'arrêt ayant été révisé, les protestations très officielles du député Pierre Henri LEROUX, signifiées le 22 octobre 1849 (10). Ils avaient été promis en première instance à dix ans de déportation en Algérie à défaut d'exil...


Cet incident de parcours sépara un temps nos deux beaux-frères, dont l'un, Luc DESAGES, perdit son premier-né en 1848 peu après et à cause de son arrestation (11), le premier d'une série de onze naissances... Alors qu'Auguste DESMOULINS regagnera Paris pour s'adonner à la typographie et s'occuper de la Société de la Presse du Travail, Luc DESAGES s'ébalit à Troyes (Aube) puis à Moulins (Allier) où il écrira "La Réforme Sociale", "Le Droit des Femmes" et lancera des journaux ouvriers comme "Le Travailleur de l'Allier et de la Creuse". Il s'adonna à une forme de journalisme. Nous étions entre 1850 et 1851. Le phalanstère de Boussac, imprimerie et agriculture, ouvert en 1844, était mort. Tous deux, chacun à sa façon, prirent part à l'éveil des consciences ouvrières et paysannes, notamment dans la Creuse et à Limoges, par l'édition de journaux et d'ouvrages. Le coup d'Etat de 1851 les rapprocheront à nouveau... dans la proscription suivi de l'exil à Jersey, la plus grande des îles anglo-normandes (Chanel Islands), pour éviter d'être "transportés" à Cayenne (Guyanne) ou en Algérie. Auguste DESMOULINS avait, avec "quatre autres vaillants travailleurs", dont Luc DESAGES, lancé, le 3 décembre 1851, soit juste après le coup d'Etat napoléonnien, un Manifeste invoquant un manque patent de démocratie à l'adresse des classes populaires. Tous deux, proscrits de l'Empire pour ces actions, réfugiés à Jersey en passant par Londres, fondèrent une institution scolaire franco-anglaise à Saint-Hélier (située au 44, Halkett Place, en plein centre ville) qui recevra les soutiens de Victor Hugo (12), lui-même proscrit, avant son départ forcé pour Guernesey (il venait d'insulter la reine d'Angleterre, alors la reine Victoria...). Luc DESAGES, dont la famille s'agrandissait d'année en année après 1855, y resta jusqu'en 1879, année de sa retraite où il s'établira en France, dans la Vienne, à Angles-sur-l'Anglin ; Auguste DESMOULINS, qui redigeait un "Guide du Voyageur à Jersey", qui n'hésita pas à célébrer, le 15 janvier 1856, l'enterrement à Jersey de Philippe FAURE (1823-1856), journaliste politique expulsé de France en 1852, quitta cette institution dès 1859, l'année des grâces Impériales, pour finalement se rendre en 1863 à Londres rejoindre Jules Charles LEROUX, frère de Pierre Henri, qu'il accompagna en 1867 aux Etats-Unis pour fonder une colonie icarienne en Californie (13). En effet, il décide, à l'inverse de son beau-père, de ne pas revenir en France, malgré les grâces. Il reviendra en France et à Paris trois ans plus tard, en 1870, au moment de la Commune de Paris, sa compagne présentant par ailleurs des signes d'instabilité psychique qui détermineront sa fin prématurée dans la folie, à Saint-Maurice (Val-de-Marne), en 1884. Jusqu'au bout de sa vie, quite à l'interner, il s'occupera d'elle (14).


Luc DESAGES dirigea donc seul l'institution scolaire à Jersey jusqu'en 1879, en même temps qu'il fut nommé professeur de français dès 1859 au Victoria College de Saint-Hélier (15), institution fondée en 1850 qui existe toujours. Sa formation de juriste français ne "cadrant" pas avec le droit des îles anglo-normandes, il ne put que se retourner vers une profession littéraire et linguïstique (il était aussi bachelier ès lettres), d'autant plus que l'île-Etat de Jersey était officiellement bilingue franco-anglais. De plus, il recherchait la sécurité sur le plan des revenus, ce qui lui permit d'avoir beaucoup d'enfants... En fait, il resta jusqu'au jour où, se sachant expulsé par la démolition des bâtiments existants dus à l'ouverture du chantier d'un marché couvert (l'actuel Central Market) (16), il ne se donna pas la peine de chercher un autre local ni un successeur bilingue et préféra clore son activité, pourtant rattachée au Victoria College. Il avait 59 ans et, d'une certaine façon, avait perdu ses premières utopies, une forme de romantisme révolutionnaire... le bonapartisme était mort avec son deuxième Empire. Ce qu'il avait fait avec LEROUX n'était plus à refaire, il avait suffisamment payé. Sur le plan personnel, il avait perdu sa mère en 1871 et son père en octobre 1878, tous les deux décédés et enterrés à La Châtre (Indre) (17), et avait hérité d'eux d'une partie de leur fortune, et, à la condition de vendre les biens de La Châtre, s'acheter une maison en France relevait alors du possible. Enfin, en France, sur le plan politique, Patrice de MAC MAHON (1808-1893), le dernier des grands aristocrates de la "république bourgeoise", venait de démissionner de la présidence française, remplacé le 30 janvier 1879, soit le jour même, par Jules GREVY (1807-1891), et, ce faisant et les mentalités évoluant, la France avait définitivement tourné la page des tentations royalistes. Sa décision fut alors prise de retourner en France. Il ne refusa pas l'héritage (18). Il acheta donc au début de 1879 une ferme isolée à trois kilomètres du village d'Angles-sur-l'Anglin, dans la Vienne (19), tout près de son Indre natale, au lieu-dit de Remerle, dans la partie basse de la commune, dans un méandre de l'Anglin. Pour son retour en France, après les en avoir alertés, ses amis du continent se débrouillèrent pour lui assurer une retraite d'enseignant "bricolée", calculée comme s'il avait travaillé en France. Celle-ci acquise, il s'installa avec ses sept enfants survivants et sa compagne à Remerle. Les campagnes jersiaise et française le rendirent plutôt mystique par la publication d'un ouvrage étrange : "De l'extase ou des miracles comme phénomènes naturels", rédigé en 1866 à Saint-Hélier et imprimé à Paris, chez Henry, Palais Royal, Galerie d'Orléans, 12. Nous en reparlerons.


Sur le plan procréatif, ce fut entre nos deux beaux-frères la nuit et le jour. Auguste DESMOULINS n'aura pas d'enfants avec Juliette Henriette LEROUX. Choix délibéré, malchance ou incompatibilité biologique, personne ne le saura. En revanche, Luc DESAGES et Pauline LEROUX, s'ils n'allèrent pas officiellement au-delà de la promesse de mariage signée à Boussac en 1848 (Luc fut arrêté peu après avec Auguste et le couple ne put se marier, du moins en France), eurent, malgré les aléas politico-géographiques, onze enfants dont sept survécurent au moins plus de vingt ans (20).


Comment ont-ils fait ? Les débuts furent difficiles, liés à une mortalité infantile importante. La famille "démarre" vraiment avec la naissance de Paul en 1855, même si l'on enregistre encore deux ans après une mort infantile. Au total, sur onze naissances, sept survécurent. L'histoire des lieux de naissance retrace l'itinéraire mouvementé de Luc DESAGES et de sa compagne :

- Tel que rapporté par les journalistes de l'époque, le premier mourut pratiquement peu après la naissance, entre Boussac (Creuse) et Thiers (Puy-de-Dôme), en 1848 sur le chemin des condamnés emmenés sur Lyon, Pauline LEROUX n'ayant pu l'allaiter suite à un traumatisme psychologique lié à l'arrestation de son promis ayant empêché son mariage avec elle. Nous n'avons pas retrouvé l'acte d'enfant mort-né ni du décès du nourrisson.

- le second, Pierre Vincent, naquit à Channes, près de Troyes, dans l'Aube en 1850 et mourut malheureusement cinq ans plus tard à Saint-Hélier, Jersey, Chanel Islands, d'une inflammation des poumons. Auguste DESMOULINS fut présent à l'enterrement de l'enfant.

- la troisième, Catherine Elise, naquit à Saint-Hélier en 1853 et mourut trois ans plus tard, dans la même ville, d'hydropisie.

- le quatrième, Paul, naquit en 1855 à Saint-Hélier, suivit ses parents dans la Vienne en 1879 avec sa fiancée jersiaise et mourut... en 1946 à Chillingworth, Gloucestershire, England, Royaume-Uni, à 90 ans (les journaux en parlèrent). Il connut en Angleterre une belle carrière d'enseignant, instituteur puis professeur, au Cheltenham College - quarante ans de service ; traduisit sur le tard un roman de Jules Verne en anglais, "le Tour du Monde en Quatre-Vingt Jours". Marié en 1880 à l'Ambassade de Grande-Bretagne dans le huitième parisien avec "sa" jersiaise dénommée Béatrice Mary Victoria Le Bas (1860–1926), de "bonne famille" semble-t-il, avant de s'établir en Angleterre, il aura avec elle à son tour sept enfants, dont l'un, le second, naquit à Angles, en France, au domicile de son grand-père retraité, en 1883, tous les autres étant nés en Angleterre. Béatrice avait dans sa fratrie de trois enfants, un frère, natif lui aussi de Jersey, Sir Hedley Francis Le Bas (1868–1926) qui, entre autres fonctions honorifiques, fut directeur de maisons d'édition et secrétaire de la fondation du Prince de Galles. Elle décédera en 1926, vingt ans avant son inoxydable de mari... qui fut finalement enterré dans sa tombe.

- la cinquième, Catherine Caroline, naquit en 1857 et mourut peu de temps après, la même année suite à un accident domestique, à Saint-Clément, Jersey

- le sixième, Pierre Vincent Luc, naquit à Saint-Clément, Jersey, en 1858, suivit ses parents dans la Vienne en 1879, reprit en 1905 la propriété de son père passée à son frère Jean-Luc décédé à Paris, encore présent et célibataire sur la commune d'Angles au recensement de 1911, où il est devenu cultivateur, a dû subir les réquisitions militaires de la Grande Guerre, décédé hors Angles en 1939.

- le septième, Jean Luc, naquit à Saint-Clément, Jersey, en 1859, suivit ses parents dans la Vienne en 1879 où il reprit vers 1895 la propriété de son père, devint propriétaire agriculteur, se maria en 1899 à Angles-sur-l'Anglin (Vienne), commune de son père retraité, avec une certaine Louise NICOLAS (1862-?), veuve et aubergiste à Angles, vécut à Remerle avec sa famille parentale et les deux filles de son épouse, puis émigra à Paris vers 1902 pour exercer le métier de chauffeur-mécanicien et mourut prématurément peu après, en 1905, dans le dixième arrondissement - pas d'enfants

- la huitième, Catherine Lucie, naquit à Saint-Clément en 1861, suivit ses parents dans la Vienne en 1879, encore présente et célibataire sur la commune d'Angles au recensement de 1911, agricultrice à Angles avec son frère Pierre Vincent Luc, décédée célibataire en 1915 à Angles

- la neuvième, Pauline, naquit à Saint-Hélier en 1863, suivit ses parents dans la Vienne en 1879 et, malheureusement, mourut célibataire à 36 ans, à Angle-sur-l'Anglin, en 1900

- le dixième, Luc, naquit à Saint-Clément en 1867, suivit ses parents dans la Vienne en 1879, fit des études à l'Ecole Normale d'Instituteurs de Poitiers avant de s'installer comme instituteur public aux Lilas (Seine-Saint-Denis), près de Paris, où il rencontrera une institutrice, Eugénie Claudine COIFFIER (1869–1948), avec laquelle il se mariera en 1893 aux Lilas et poursuivit avec elle une carrière essentiellement en région parisienne. Il mourra a Angles en 1946, suite à quoi son épouse sera accueillie chez sa fille Lelia et son mari le docteur ARSONNEAU à Saint-Arnoult, dans les actuelles Yvelines, chez qui elle mourra en 1948 - elle y sera suivie par sa fille Lucette en 1954. Le couple eut en effet trois enfants, deux nés à Pantin, Roger Arnaud DESAGES (1894 - 1918) et Lucette Léontine DESAGES (1898- 1954), et une à Paris (19e), Lelia Claudine DESAGES (1902-1989). De ces trois enfants, retenons Roger DESAGES, mort à Brest (Finistère) en 1918 à 24 ans après le 11 novembre des suites de ses blessures, échappant ainsi sans doute au statut de "mort pour la France" mais dont le nom figure néanmoins sur une plaque au lycée Colbert, dans le 10e parisien, et sur le mémorial de la ville d'Angles ; et Léontine DESAGES qui, d'un premier mariage, sera, par sa première fille, à l'origine d'une alliance avec la famille ROBERT (Yves et descendants).

- le onzième et dernier, Marcel Vincent, naquit, malgré un déménagement à Saint-Saviour, à Saint-Clément en 1873, suivit ses parents dans la Vienne en 1879, s'installa comme employé de mairie à Pantin (Seine Saint-Denis), près de Paris, se maria au Pré Saint-Gervais (Seine-Saint-Denis), en 1899, avec une institutrice du nom de Marie Barbe Camille SOMME (1876–1954). Le couple eut deux enfants, tous nés à Pantin, une fille, Yvonne Pauline DESAGES (1901-1969), cette dernière décédée à Angles en 1969, et une deuxième, Suzanne Camille DESAGES (1907-1908) qui ne vécut pas plus d'un an et demi. Le couple termina sa course à Angers (Maine-et-Loire), avec la mort de Camille SOMME, en 1954, et de Marcel Vincent à Angles... en 1963 (21).


La famille s'agrandissant, la famille DESAGES avait entre temps déménagé de Saint-Clément à Saint-Saviour, Jersey, où elle est recensée en 1871. Huit ans plus tard, elle émigrera vers la France.


Influence de l'Institution Scolaire de Saint-Hélier ou de celle de l'institutorat d'Auguste DESMOULIONS ? Deux des enfants de Luc DESAGES embrassèrent la profession d'instituteur, le premier en Angleterre et le second investi par les instructions de la Troisième République. Deux enfants seulement se lancèrent, comme les LEROUX à Jersey, dans une activité agricole, un fut employé de mairie. Aucun n'embrassa le métier de compositeur-typographe. Quelques-uns des enfants et petits-enfants, même éloignés du village, furent enterrés, notamment en 1969, au cimetière d'Angles, avec leur père et mère, décédés en 1954 et 1963.


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Il est intéressant de suivre de plus près, quite à nous répéter, nos deux beaux-frères après leur séparation de l'Institution Scolaire à Saint-Hélier, Jersey, en 1859. A la base de cette séparation, grâces impériales mises à part, il semble qu'Auguste DESMOULINS ne parvenait pas à faire valoir à Jersey ses valeurs d'instituteur socialiste (il était membre de l'Union Socialiste à Jersey) et n'avait pas supporté le rattachement de l'Institution au Victoria College, préférant un recrutement populaire alors que Luc DESAGES, licencié en droit et bachelier ès lettres, n'en voyait pas la nécessité et tenait à une certaine neutralité et impartialité de recrutement et d'enseignement. Concrètement, Luc DESAGES se révéla surtout être un bon gestionnaire alors qu'Auguste DESMOULINS y ajoutait ses convictions. Auguste pensa alors qu'il avait "mieux à faire ailleurs". En 1863, avant de partir pour les Etats-Unis et après avoir finalement renoncé à revenir en France, comme le fit Pierre Henri LEROUX, son beau-père et philosophe, il avait fondé, avec ses amis proscrits, une loge maçonnique qui relevait du Suprême Conseil de France, "Les Amis de l'Avenir" (22) - il avait été initié à Paris et initiera Luc DESAGES à son tour à Jersey. Enfin, un autre facteur, qui ne concernait pas Auguste DESMOULINS, dissuada Luc DESAGES de quitter Jersey, sa famille qu'il voulait nombreuse, protégée des aléas politico-géographiques. Il décida alors d'enseigner le français au Victoria College de Saint-Hélier.


Comme déjà dit, Auguste DESMOULINS rejoignit Jules Charles LEROUX et son épouse Franz VOLCK avec leur nombreuse famille, frère de Pierre Henri, à Londres en 1863 puis en Californie dès 1867 (23). Il s'installa avec sa compagne Juliette Henriette à Neuchatel, non loin de la colonie de Cloverdale, comté de Sonoma, Kansas, Californie, Etats-Unis, où allait s'y trouver, après une odyssée par Jersey, le Canada et l'Ohio, Alfred FREZIERES, son épouse Ernestine LEROUX et, également, sa nombreuse famille (24). Nous avons peu d'informations sur son rôle effectif dans cette colonie si ce n'est que son rôle fut surtout administratif (il avait pris des parts dans la colonie), pédagogique et... typographique en conseillant Jules Charles d'abandonner l'agriculture par le fait de l'âge - Jules Charles devait s'établir en 1876 comme imprimeur dans une colonie icarienne à Corning (25). Auguste fut sensible aux problèmes de l'agriculture, sensibilité qui reapparut en Dordogne à la fin de sa vie. Mais, tout en comprenant la démarche, il préféra dispenser ses convictions et prêter ses compétences pédagogiques à la jeune population de la colonie. L'état psychique instable de sa compagne, qui s'intégrait de plus en plus mal à la communauté qui, en retour, tendait à la rejeter, et, lié à ce comportement, l'appel qu'il ressentait de "son" peuple parisien lié à la monté des conflits sociaux à Paris, le conduisirent cependant à revenir en France et à Paris en 1870, ville effectivement en ébulition près de laquelle il plaça sa compagne dans une institution à Saint-Maurice (Val-de-Marne), donc hors des "évènements" sanglants de Paris (26). Le 4 septembre 1870, la Troisième République est prononcée par Léon Gambetta, marquant la chute du Second Empire par la déportation de Louis Bonaparte. Le 14 avril 1871, alors que les prussiens encerclent Paris, il prononce l'éloge funèbre de son maître à penser, Pierre LEROUX qui, pour des raisons idéologiques, ne participa guère aux événements de la Commmune de Paris (18 mars - 28 mai 1871) qu'il jugea trop violents et stériles (il s'en était allé à Nantes après avoir refusé des fonds venant des Loges Maçonniques qu'il fréquentait), d'où le faible nombre de représentants délégués par la Commune lors de son enterrement. Il reprend son métier d'instituteur, crée à Paris en 1876, avec la montée du républicanisme, une bibliothèque coopérative avec des syndicats ouvriers ; en 1880, il exerce comme professeur dans l'enseignement professionnel et représente le syndicat des instituteurs au congrès de Paris. En 1881, il fut l'un des organisateurs du Congrès ouvrier socialiste de France, il est élu conseiller municipal du 17e arrondissement de Paris (il représentait le Syndicat des Epinettes, mandat renouvelé en 1884), deviendra Vice-Président du Conseil Municipal de Paris et membre du Conseil Général de la Seine de 1881 à 1887, prendra la direction du journal "Les Franchises Communales". Le 24 mai 1884, sa compagne, Juliette Henriette LEROUX, déclarée aliénée, décède à Saint-Maurice (Val-de-Marne), au 51 de la Grande Rue, l'actuelle rue du Maréchal Leclerc (27).


Cette disparition l'amènera à parcourir la France avec sa seconde compagne (28), entre tristesse et libération. En 1885, soit un an après le décès de sa première compagne, il achète, au terme de ses pérégrinations provinciales, une résidence de campagne à Port-Sainte-Foye, en Dordogne, aux confins de la Gironde, et y traduisit, largement assisté par sa seconde compagne et loin des tumultes parisiens, un ouvrage anglais : "Social Problems" de Henry GEORGE, à la base du "Mouvement Georgiste" en France (29). Il quitte, apriori définitivement, Paris et le 57 de la rue Brochant, dans le 17e, à la fin de ses mandats électifs, en 1887, et s'établit en résidence principale à Port-Sainte-Foye avec sa seconde compagne. Il n'abandonne pas pour autant la réflexion technique, il la fait, sous l'impulsion de sa seconde compagne, en vue d'améliorer le sort des agriculteurs et la sécurité alimentaire des villes, et, comme le relata le Bulletin trimestriel de la Société d'agriculture de Joigny dans son numéro de juillet 1890, proposa dès 1889 une méthode de culture en vue d'augmenter les rendements et la résistance du froment au gel, notamment par "dépiquage" (30). Sa seconde compagne lui dévoua une attention particulière jusqu'à son décès, survenu en 1892. C'est elle qui, le voyant sanitairement décliner, prit la décision de le "rapatrier" près de Paris, à Neuilly-sur-Seine où il fut placé dans la maison de santé du docteur DEFAU, au 34 de l'avenue du Roule. Il eut encore la force de lancer un appel en vue de célébrer, le 13 avril 1891 au cimetière du Montparnasse où il avait été enterré, et sous la pluie, le vingtième anniversaire du décès de Pierre LEROUX. Et c'est à Neuilly-sur-Seine qu'Auguste DESMOULINS mourut, un certain 22 mars 1892, à l'âge de 68 ans. Les journaux parisiens rapportèrent l'évènement avec plus ou moins de retard, le 25 mars pour le journal "La Justice" et le 3 avril 1892 pour "Le Journal pour tous". Assurément, l'homme était connu, "le vieil homme aux cheveux blancs et à la barbe blanche". Il fut enterré au Père Lachaise quatre jours plus tard (suivant Jules Moiroux (1908) "Le cimetière du Père-Lachaise", p. 131 : division 64, avenue circulaire, ligne 4, Y2), accompagné d'une foule nombreuse d'amis, d'élus et de partisans... dont Luc DESAGES (31). Il laisse, paralèllement à ses actions, dont l'énumération n'est ici pas complète, et à défaut de descendance, une production intellectuelle importante (articles, études, discours, diverses publications, contributions, etc) et une popularité bien méritée par son comportement très proche des gens et de leurs problèmes. Sa seconde compagne continua de le soutenir et par lui les idées de Pierre Henri LEROUX, comme l'atteste une lettre par elle écrite à l'adresse de "La Revue mondiale" de 1912 qui sembla critiquer la validité de certaines positions et attitudes de son ancien compagnon (32).


Pour sa part, Luc DESAGES reprit, dans les conditions déjà décrites, le chemin de la France en 1879. Sa fonction de directeur/animateur de l'Institution Scolaire de Saint-Hélier et sa nomination comme professeur de français au Victoria College le détacha, au cours des nombreuses années passées à Jersey, des problèmes politiques et sociaux de son pays d'origine. Il avait, de fait, pris ses distances d'avec le groupe mais pas avec les théories de LEROUX, qu'il trouvait toujours aussi fondées malgré la chute du bonapartisme, la mise en place des associations ouvrières, prémices des syndicats, et fut bien soulagé d'apprendre la démission, le 30 janvier 1879, du président royaliste Patrice de MAC-MAHON, en son temps, après ses revers avec les prussiens, le général massacreur des communards de Paris, sous la poussée électorale des républicains "de gauche". Bref, père de sept enfants survivants, dont certains encore jeunes, il ne se sentait plus prêt à continuer l'aventure... huit ans après la mort de LEROUX, son "maître-à-penser" qu'il défendait plus comme beau-père que par adhésion. C'est un peu par hasard qu'il s'établit dans la Vienne, en cet écart de la ferme de Remerle sur la commune d'Angles-sur-l'Anglin, tout près de son Indre natale, entre Berry, Poitou et Touraine, qu'il avait achetée le 7 septembre 1879 sur la fortune de ses parents décédés et qu'il cédera une vingtaine d'années plus tard, le 26 avril 1903, à son fils Jean Luc et ses frères et soeurs (33). La commune, pittoresque par ailleurs, notamment par son château féodal (démoli pendant les guerres de religions), comptait en ce temps-là plus de 1000 habitants contre même pas 400 actuellement (34). On ne connaîtra plus de lui d'activités ou de productions pertinentes relevant de ses idées d'origine.


Peu après son arrivée, il participa, souvent frontalement et parfois naïvement, à certains débats écrits dans la région et au plan national, notamment par une défense peu argumentée des idées de LEROUX face aux analyses pertinentes d'Henri FOUQUIER (1838-1901), journaliste, écrivain, dramaturge et homme politique, et par ailleurs sur le mysticisme, notamment contre Alexandre ERDAN (1826-1878), natif d'Angles sous le seul nom d'André, plus tard prénomé Alexandre André JACOB dit ERDAN, décédé en Italie où il avait été envoyé par Auguste NEFFTZER (1820-1876), journaliste et fondateur du "Temps" en 1861 - une "connaissance religieuse" de Pierre Henri LEROUX, rencontré à Londres en 1852... Alexandre ERDAN avait écrit en 1855 "La France mystique, tableau des excentricités religieuses de ce tems (sic)", réédité en 1858 chez RC Meijer, Amsterdam, aux thèses opposées à celles développées par Luc DESAGES dans son livre "De l'extase ou des miracles comme phénomènes naturels" publié onze ans plus tard..., lequel, sur un point qui lui semblait important, voulait unir la foi à la raison, la religion à la science, expliquer rationnellement des faits apparamment surnaturels ou compris comme miraculeux par les croyants, bref toutes thèses qui auraient pu plaire à Pierre LEROUX, lui qui avait, contrairement à d'autres révolutionnaires à la démarche plus scientifique, pris de la religion chrétienne ses aspects socialistes, solidaires et humains pour espérer en recréer une autre ; Luc DESAGES s'opposa également, toujours pour les mêmes raisons, à Auguste COMTE (1798-1857) qu'il qualifia de séctaire, pilleur des idées de son beau-père, sa doctrine première, dépourvue d'utopie ou d'idéalisme, tendant à une "solution dictatoriale et autoritaire" des systèmes sociaux en crise (35).


En décembre 1898, en pleine affaire DREYFUS, il signe avec ses enfants demeurés à Angles, rompant ainsi son silence, une "protestation" de soutien à un certain Colonel Marie Georges PICQUART (1858-1914), victime d'une violation de la loi, poursuivi et persécuté parce qu'il avait réussi à confondre le Commandant Ferdinand WALSIN ESTERHAZY (1847-1923) à l'origine de la trahison contre Alfred DREYFUS (1859-1935) - cette pétition paraît dans le journal "Le Radical" du 8 décembre 1898. Luc DESAGES et sa famille, suivant le parti d'Emile ZOLA (1840-1902), avaient pris le parti d'Alfred DREYFUS, Luc DESAGES s'était lui-même qualifié de "Proscrit de l'Empire", il ne pouvait donc que se reconnaître en PICQUART. Tel fut son "dernier acte politique". Dommage qu'Auguste DESMOULINS ne fût déjà plus de ce monde... Bref, en dehors de cette confrontation écrite et publique, loin des tumultes, Luc DESAGES, qui n'a jamais été un bon idéologue, s'effaça progressivement de la vie politique et sociale, même locale. Les habitants qui l'avaient approché dirent de lui qu'il était tout le temps dans son jardin ou dans ses cultures, peu bavard et peu liant, très près de ses enfants et de son épouse - et de la nature. L'isolement de Remerle par rapport au bourg-centre, en tout cas jusqu'en 1902 où il habita rue de Tournon, a pu favoriser cette évolution vers l'isolement social. Peut-être voulait-il qu'on le laisse tranquille. Nous ne connaissons même pas, durant ces quelques vingt années passées dans la Vienne, de participation au conseil municipal de la ville d'Angles (36). On pourra arguer qu'il avait déjà suffisamment à faire à s'occuper de ses sept enfants survivants et de sa compagne, venus avec lui à Angles. Assurément, ses idées ne "cadraient" pas tout à fait avec celles des habitants d'un village aussi rural qu'Angles, pétris d'individualisme et sans doute de christianisme. Enfin, et comme partout, un intellectuel "étranger" à connotation ouvrière qui s'établit dans une commune essentiellement composée d'agriculteurs, d'artisans, de petits commerçants et de quelques bourgeois terriens, sans vraiment en connaître ou comprendre les modes de pensée et de vie qu'il avait tendance à combattre, bien à l'écart du centre historique, est vite rejeté ou ignoré par la méfiance populaire. Des sept enfants "venus d'ailleurs", seul un, Jean Luc, se maria avec une "fille du village", Louise NICOLAS, veuve et aubergiste, mère de deux enfants, et encore, et c'est révélateur, née en Indre-et-Loire, à Preuilly-sur-Claise, amenée à Angles par son défunt mari, Marie André Amédée MERIOT (1854–1892), né dans la Vienne (37). Luc DESAGES devait le savoir mais en déduisit que ce n'était plus son problème. Et la plupart des enfants quittèrent la région pour s'établir en Angleterre, à Paris, en région parisienne et autres provinces où ils furent nommés. Voilà pourquoi, et sans doute par sectarisme, il n'y a pas eu de "souvenirs palpables" à Angles-sur-l'Anglin comme il y eut, par exemple, une avenue Pierre-Leroux peu après le départ des phalanstériens de Boussac et un monument à lui dédié à Boussac en 1903...


Pauline DESAGES, la neuvième de la fratrie, mourut célibataire à Remerle en 1900, à 36 ans... de la typhoïde. Etienne Luc décéda pour sa part le 22 juin 1903, à 82 ans, rue de Tournon à Angles, sa compagne, dite "épouse" sur les actes, deux ans plus tard à Remerle, le 20 août 1905, à 74 ans, tous trois ayant été enterrés au caveau familial du cimetière municipal de La Châtre (Indres) - en fait, une belle sépulture (38). En effet, Luc DESAGES ayant cédé en 1903 sa maison à ses enfants (son fils Jean-Luc devait décéder à Paris en 1905), avait déménagé vers 1902 dans le centre-bourg d'Angles, rue de Tournon, avec sa compagne - qui reviendra à Remerle après le décès de son compagnon, hébergée par Pierre Vincent Luc et Catherine Lucie.


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De sa nombreuse progéniture, et de sa descendance, il n'en sortit pas de personnalités particulières, si ce ne sont les faits et conséquences de l'Histoire même, voire d'oppotunités. La Grande Guerre, comme de presque toutes les familles, préleva quelques-uns de ses petits-enfants... deux petits-enfants de son fils Paul et un de son fils Luc, et fut largement responsale de la non transmission du patronyme. Signalons la fin tragique de Roger Arnaud DESAGES dont nous avons déjà parlé, né à Pantin en 1894, fils aîné de Luc DESAGES fils et d'Eugénie COIFFIER, petit-fils d'Etienne Luc DESAGES, bachelier du lycée Colbert à Paris, basé à Compans (Seine-et-Marne), blessé près d'Aras en 1918 et mort à Brest le 26 novembre 1918 à 24 ans des suites de ses blessures, et dont le nom figure au mémorial du lycée Colbert et à celui de la Ville d'Angles (Classe 1914, 1er bureau de Paris, matricule 1194) : Roger Desages fait partie de ces 87 soldats morts à Brest après le 11 Novembre 1918, soit 5,9 % de la population militaire à Brest (France : 2,1 %), et n'ayant donc initialement pas joui pour sa famille d'un statut de "Mort pour la France" ni de celui de "Non Mort pour la France" (39).


Sur le plan des devenirs professionnels, le contraste est flagrant avec les origines aristocratiques d'Etienne Luc où l'on décelait des professions et fonctions prestigieuses du type notaires, avocats, conseillers généraux, maires... pour ne pas parler de la qualité de propriétaires quant il n'y avait pas franchement de professions à déclarer car souvent point n'était besoin, en ces milieux, de travailler pour vivre... Les professions ambrassées par ses enfants, s'il y en a eues, sont à l'image des orientations et du statut social de Luc DESAGES père, ou en sont le reflet et le résultat, à savoir : agriculteurs, ouvriers, employés, instituteurs, les femmes n'étant bien-sûr pas concernées.


Paul mis à part en Angleterre, dont deux de ses sept enfants, Wilfred Rolland et Owen Loftus, furent également tués en France pendant la Grande Guerre (40), on ne connaît pas en France de descendances nombreuses chez les quelques survivants mariés : Jean Luc, qui avait accepté les deux filles de sa nouvelle épouse, n'aura pas d'enfants et mourra trop tôt pour en avoir, Luc aura trois enfants, deux survivants, dont l'une, Lelia DESAGES, reprendra la ferme en 1949, Marcel deux enfants dont un seul survécut. Le décès des parents DESAGES-LEROUX provoqua dans un premier temps une dispersion totale de la famille, soit par mariage, soit par vie professionnelle, et la maison fut cédée en hoirie par Etienne Luc à ses six enfants vivants restants, le 26 avril 1903 (41) ; concrètement, Jean Luc en prit la jouissance jusqu'à son installation et sa mort à Paris en 1905, suivi par son frère Pierre Vincent Luc et sa soeur Catherine Lucie, cette dernière jusqu'à sa mort à Angles en 1915, laissant seul Pierre Vincent Luc sur le domaine, dépouillé de ses chevaux réquisitionnés par la Grande Guerre, jusqu'au lendemain de celle-ci. Vers 1930, avec les retraites, la maison fut partiellement reprise en résidence secondaire puis principale par Pierre Vincent Luc, Luc et Marcel Vincent, le domaine passant de son côté partiellement en fermage (42). Jusqu'au jour où la ferme et la maison de maître, situées près du moulin sur l'Anglin, furent finalement incendiés en 1944 par les allemands suite à une dénonciation pour des faits de résistance organisée par les trois frères (repère et hébergement de maquisards dits "terroristes") dans le cadre du maquis DIEUDONNE qui opérait à Saint-Savin, Angles-sur-l'Anglin et Vicq-sur-Gartempe - Angles-sur-l'Anglin donna naissance également à un résistant notoire, fils du notaire d'Angles-sur-l'Anglin, Guy COLLAS, dit Jacky, qui avait réussi, malgré un attentat contre lui, à monter un maquis qui opéra essentiellement à Siouvres, La Roche-Posay, Pleumartin, Chauvigny et Archigny. La guerre terminée et le hameau de Remerle ayant été particulièrement atteint, quatre dossiers pour "dommages de guerre" furent déposés dès 1947 par Marcel DESAGES et Pierre ARSONNEAU, lequel allait succéder au premier, ainsi que par Lucette DESAGES, fille de Luc et d'Eugénie COIFFIER, et son second mari Germain SALMON (1899-?), pour une période allant de 1945 à 1954, au ministère de la reconstruction et de l’urbanisme, dans le cadre de la loi n°46-2389 du 28 octobre 1946 (qui avait posé le cadre dans lequel allait être organisée l’indemnisation des dommages de guerre subis entre 1939 et 1945). Des immeubles d'habitation avaient été, suivant ces dossiers, "totalement détruits" et devaient être "intégralement conservés" (43).


La ferme a été, suite à ce sinistre et aux décès de Pierre Vincent Luc en 1939 et de Luc en 1946, vendue en tontine le 13 septembre 1949 par Marcel DESAGES, à 75 ans le seul et dernier des survivants de la ferme, à l'une de ses nièces procédant de son frère Luc, Lelia Claudine DESAGES (1904-) et à son mari Pierre Henri Nestor ARSONNEAU (1904-1980) (44), mariés en 1921, la cinquantaine tous les deux, sans enfants, ce dernier médecin à la famille originaire de Saintonge et d'Acadie en passant par les Antilles, officiant à Saint-Arnoult (Yvelines) depuis 1931, Résistant dès 1942 aux FFI de Rambouillet, fondateur à Paris de l'Association de Médecine Rurale en 1950 (45)..., alors que la maison de maître et le moulin étaient passés en 1946 au jeune couple ROBERT-BERTIN (46) - nous en reparlerons. Le couple acquéreur était financièrement assez solide - et c'était sans doute le seul - pour que la ferme tombât entre de bonnes mains et pût rester dans la famille. Et Marcel terminera seul sa retraite après le décès de Camille SOMME, son épouse, en 1954 (47), dans une maison qu'il fit, sur les fonds reçus de la vente, construire sur la côte des Droux, route de Chauvigny, dans la ville basse d'Angles, où il décédera fort âgé, le dernier des "fils de Jersey", en 1963. Nous savons que Lelia DESAGES et Pierre ARSONNEAU étaient encore propriétaires au cadastre rénové de la commune d'Angle-sur-l'Anglin, en 1960 (48) - et l'ont donc été très vraisemblablement jusque vers 1978, deux ans avant le décès de Pierre ARSONNEAU à Poitiers (Vienne) (49). Quant à la maison des Droux, elle passera en 1969, à la mort de la fille de Marcel, Yvonne DESAGES (1901-1969), épouse SCHALLER en premières noces et JOLLANT en secondes, aux enfants SCHALLER puis aux petits-enfants PIOT. Hormis un caveau de famille, situé dans le cimetière de la Ville Basse de la commune, il n'y a actuellement plus de nommés vivants DESAGES à Angles-sur-l'Anglin descendants de la famille, si ce ne sont des branches féminines :

- par les ARSONNEAU (Pierre ARSONNEAU, mari de Lelia DESAGES, souvent présent, n'aura pas d'enfants), branche actuellement éteinte depuis 1980

- par les SCHALLER (premier mari de Simone DESAGES) et les PIOT (Pierre PIOT, mari de Micheline SCHALLER),

- par les BERTIN (Léon BERTIN, premier mari de Lucette Léontine DESAGES (1898-1954), fille de Luc et d'Eugénie COIFFIER) et les ROBERT (Yves ROBERT, mari en premières noces de Claude BERTIN), cette dernière lignée dont nous reparlerons,

- enfin par les SALMON issus du deuxième mariage de Lucette DESAGES avec Germain SALMON (50).


Les statistiques sont décevantes et à la fois révélatrices d'une histoire mouvementée et de situations sanitaires et sociales parfois dificiles. La perpétuation de la lignée DESAGES-LEROUX n'a été finalement due, sur les onze naissances, qu'à trois enfants mâles, Paul, le premier des survivants passé en Angleterre, et les deux derniers du couple, Luc et Marcel DESAGES restés en France puisque, sur les huit enfants qui n'eurent pas de postérité, seul un se maria, quatre décédèrent très jeunes et trois autres décédèrent célibataires, dont l'une, Pauline DESAGES, prématurément à l'âge de trente ans. Enfin, notons que dans la génération issue des "trois procréateurs", aucun homme ne put transmettre le patronyme en France, ce fait venant essentiellement des "prélèvements" de la Grande Guerre, et le seul des trois enfants mâles de Paul DESAGES, sur les sept naissances, qui put le faire fut Gordon Paul DESAGES (1881-1963), en Angleterre, un "rescapé" de la Grande Guerre, par son mariage en 1923 avec Marion LOVE (51).


Une descendance DESAGES mérite cependant qu'on s'y arrête car, parmi les trois enfants de Luc DESAGES et d'Eugénie COIFFIER, figure Lucette Léontine DESAGES (1898-1954), institutrice, qui s'est mariée à Paris (4e) en 1921 avec un certain Léon BERTIN (1896-1956), biologiste et naturaliste de renom mais homme volage, mort en 1956 dans un accident de voiture ; elle divorça d'avec lui en 1928 avant de se remarier à Paris (5e) en 1932 avec un certain Germain SALMON (1899-?), natif d'un petit village des Charentes et instituteur à Paris. Le premier lit, éphémère, eut, le 12 juillet 1922, une fille, Claude dite plus tard Anne BERTIN, jeune fille gracieuse qui se maria en 1943 à Saint-Arnoult-en-Yvelines, soit chez les ARSONNEAU-DESAGES, avec un certain Yves Henry Charles Marie ROBERT (1920-2002) (52), acteur et cinéaste alors en pleine ascension, et eut deux enfants avec lui, Anne (1944-) et Jean Denis ROBERT (1948-), tous deux nés à Paris (53). Le couple, jeune, acheta en 1946 la maison de maître de Remerle, près de l'Anglin, qui fut reconstruite, avec le moulin et le barrage, alors que la ferme passait, après 1949, à Lelia DESAGES et Pierre ARSONNEAU. Inutile de dire que les deux couples se connaissaient... Mais le couple ROBERT-BERTIN se défit quelques années plus tard après la naissance de Jean Denis, suite à une fréquentation d'Yves, en 1948, avec une actrice d'origine arménienne, Nevarte MANOUELIAN (1923-2012), alias Rosy VARTE, avant qu'il ne se remariât finalement en 1956 avec Gabrielle Danièle Marguerite Andrée GIRARD (1928-2015), alias Danièle DELORME, actrice et productrice de cinéma également bien connue, qui se rendit bien des fois sur les lieux avec Yves. Et Claude BERTIN, divorcée d'Yves en 1953, remariée en 1958 à Paris (5e) avec Jean Joseph Henri GAMBIER-MOREL (1906-1966) (54), natif de Normandie et ancien clerc de notaire, lui-même divorcé de Louise Marie Joseph HUET (1904-1973), n'y remit, aux dires des habitants, plus jamais les pieds, en tout cas jusqu'à la mort de son premier mari en 2002, et c'est finalement à Angles-sur-l'Anglin qu'elle mourut, veuve, un certain 22 juillet 2006 (55), près de son fils Jean Denis (55). En effet, son deuxième mari, d'une quinzaine d'années plus âgé qu'elle, était décédé en 1966 à Cannes, dans les Alpes Maritimes, ville où le couple vécut en villégiature (56). Tel fut cet aspect très peu connu de la vie d'Yves ROBERT, par ailleurs très apprécié, et très certainement occulté par celui qui ne sortit évidemment pas grandi de cet épisode sentimental. Le site appartient actuellement à un descendant de ce premier lit, Jean Denis ROBERT, photographe, cinéaste, réalisateur, etc, également bien connu, actuellement en retraite - site et maison de famille qu'il fréquenta dès son enfance avec ses parents puis avec son père et "ses" femmes (Yves ROBERT ne put se décider pendant huit ans avec qui des deux femmes, MANUELIAN ou GIRARD, il allait se marier !) (57).


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Résumons-nous : Les derniers "subsistants" DESAGES restés sur place, après la disparition des parents, et en particulier celle de Pauline LEROUX, furent donc Pierre Vincent Luc et Catherine Lucie, encore présents et célibataires au recensement de 1911, propriétaires et cultivateurs de leur état - Catherine Lucie décédera célibataire en 1915 à Angles. Comme déjà dit, Pierre Vincent Luc, désormais seul, sera rejoint, avec leurs épouses respectives, par Luc et Marcel Vincent avant la Seconde Guerre Mondiale et, suite au décès de Luc en 1946, la vente de la ferme à sa nièce Lélia, désormais par le seul Marcel, interviendra en 1949 après la reconstruction des lieux.


La ferme de Remerle restera donc "dans la famille", et ce sans discontinuer, sur trois générations de 1879 jusque vers 1978, presque un siècle... avant d'être vendue à des tiers, faute de repreneurs dans la famille. Concrètement, elle ne fut pas toujours habitée, même en résidence secondaire, par le dernier couple possédant, le couple ARSONNEAU-DESAGES, celui-ci n'ayant pas eu d'enfants, nous savons que les cinq dernières années ont surtout été dédiées à des locations et des fermages.


Depuis, située au fond du chemin du même nom, la ferme de Remerle à Angles-sur-l'Anglin, reliée par un chemin à la maison et le moulin du même nom situés de l'autre côté de l'Anglin, autrefois reliés par un gué, a fait l'objet, en 1986, d'un classement à l'inventaire des Monuments Historiques (Référence Mérimée : IA00045719). Le moulin et son pertuis étaient de statut banal mouvant de la forteresse médiévale du bourg jusqu'à la Révolution où ils furent vendus comme biens du Clergé, puis changèrent par la suite plusieurs fois de propriétaire ; concrètement, ils fonctionnèrent jusqu'en 1968 pour devenir une maison d'habitation avec la neutralisation de l'aube et du pertuis. A l'origine, seul éxistait dans le hameau un local d'octroi relevant du château fort d'Angles (dit actuellement "château Guichard"), datant du 15e siècle, maisonnette qui éxiste toujours, bien préservée, attenante à la maison de maître du 18e siècle, celle qui fut habitée par les DESAGES, en tout cas jusqu'à son incendie par les allemands en 1944 ; quant à la construction des autres bâtiments, notamment d'exploitation, de belle architecture, bien plus grands, elle s'articule en équerre à proximité, datant des 18e et 19e siècle, formant une cour ouverte. L'ensemble existait déjà, à l'exception de la maison de maître, dans sa configuration actuelle sur le cadastre napoléonnien. Le domaine, de 15 ha, dont un potager, qui jusqu'à l'Anglin s'articule actuellement autour de la maison de maître et est en partie géré en fermage, a été depuis, avec la disparition du couple ARSONNEAU-DESAGES vers 1980, sans enfants, vendu en plusieurs lots et est actuellement occupé par cinq familles et une association, l'"Association Angles sur l'Anglin Recherche Patrimoines Education" (AAARPE) créée en avril 2014, dont en principal la propriété de la famille BACHELIER qui a été le siège, jusqu'en 2016, de l'association éducative "Eskapade" (58).


De l'Institution Scolaire Franco-Anglaise fondée par Auguste DESMOULINS et Luc DESAGES en 1852, on n'en voit actuellement plus aucune trace, même pas une plaque commémorative, comme Jersey a su très bien le faire pour Victor HUGO (même s'il a été expulsé à Guernesey). Seule la rue a gardé son nom d'origine. Le quartier où l'école se trouvait a, de nos jours et bien évidemment, beaucoup changé, notamment avec la construction en 1881 du marché couvert, dit alors le "Nouveau Marché/New Market" et, à proximité, des constructions récentes. Une "Pizza Express" occupe actuellement le palier du 44, Halkett Place, dans ce-dit marché couvert, de très beau style, du nom actuel de "Central Market". On pourra se consoler en comprenant que l'Alliance Française a été installée après-guerre au 5, Library Place, un peu plus bas vers le port (59).


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De cette biographie comparée, difficile de faire une synthèse de deux hommes finalement assez différents mais qui, pour le meilleur comme pour le pire, furent plus contraints de collaborer par synergie idéologique et politique lorsque les forces et la logique de l'histoire l'imposaient, que de mener leur vie séparément, dans leur différence et la division. Tous les deux ont fait preuve de générosité et d'abnégation, tous les deux "payèrent" pour leurs engagements, furent "faussement condamnés" en 1848 par les cours martiales de la Seconde République puis réellement proscrits par le Second Empire en 1852, tous les deux écrivirent un ouvrage et des articles en commun, tous les deux s'investirent au phalanstère de Boussac (Creuse) entre 1844 et 1848 et, à cette occasion, s'unirent à des filles de Pierre LEROUX, fondèrent dans l'exil une école commune, fréquentèrent à peu près les mêmes Loges maçonniques..., et tous les deux retournèrent à la campagne pour leurs derniers jours, en Dordogne pour l'un et dans la Vienne pour l'autre. Mais l'un eut beaucoup d'enfants avec des implications durables dans le "paysage démographique" d'Angles-sur-l'Anglin, l'autre n'eut pas d'héritage ni de postérité si ce n'est celle de ses oeuvres. Et la mort frappa l'un et l'autre à des moments très différents, 68 ans pour Auguste DESMOULINS, emporté par un cancer, 82 ans pour Luc DESAGES, mort comme son père... au bout de la vie. L'idéologie convergeante et ses conséquences politico-judiciaires chez les deux hommes avaient un temps masqué des origines familiales et sociales divergeantes qui réapparurent dans l'exil à Jersey. Autant Auguste DESMOULINS, homme de la ville, proche du peuple travailleur, restait ouvert sur les problèmes du monde en essayant d'y apporter des solutions, autant Luc DESAGES restait, malgré des séjours à Paris, culturellement imprégné de ses origines provinciales bourgeoises et de sa formation juridique d'avocat, mena, après le départ d'Auguste DESMOULINS, une vie finalement "bien rangée" à Jersey et termina sa vie, sauf cas de force majeure comme l'affaire DREYFUS, loin des problèmes politico-sociaux, dans une commune rurale de la Vienne et encore, jusqu'en 1902, loin de son centre-bourg historique. Les sensibilités et les expériences n'étaient, bien évidemment, depuis leur séparation, pas tout à fait les mêmes. On arguera qu'Auguste DESMOULINS n'ayant pas eu d'enfants, il avait tout le temps de s'occuper de "son" peuple parisien et, accessoirement, d'agriculture ; alors que Luc DESAGES eut à s'occuper d'une famille nombreuse dont les résultats furent mitigés par de nombreux décès infantils ou prématurés et, pour les survivants, des issues finalement très ordinaires (instituteurs, agriculteurs, employés, ouvriers) ou décevantes (aucune fille du couple DESAGES-LEROUX ne se maria). En Auguste DESMOULINS, on voit un authentique et sincère socialiste fidèle aux thèses de LEROUX ayant oeuvré pratiquement jusqu'à la fin de sa vie ; en Luc DESAGES un enfant de la bourgeoisie provinciale révolté par une réalité qui s'est imposée à lui par l'expérience parisienne et le discours de Pierre Henri LEROUX, plus ou moins bien repris ou assimilé, et s'est lancé à fond, en parfait épigone, dans la propagation des nouvelles idées avant de s'en lasser progressivement à Jersey, ainsi rattrappé par un héritage qu'il ne refusa point, pour s'en remettre, la Troisième République bien installée, et l'âge avançant, à des considérations plus philosophiques, détachées et contemplatives.


Il semble que les historiens locaux, sauf rare exception comme Jean-Michel TARDIF, également conseiller municipal et ancien maire à Angles et que nous remercions au passage, aient complètement oublié qu'un membre important de la "famille LEROUX" ait vécu ses dernières vingt années dans cette commune après près de trente années d'exil passées à Jersey.



Daniel CAHEN

Albi, le 27 septembre 2017


Contact : daniel.cahen0361@orange.fr



1) - Archives départementales de Seine-Saint-Denis, registre des AN de Noisy-le-Sec (période 1823-1832)

2) - Ses oeuvres sont toujours proposées aux enchères !

3) - New Ulm Review, June 08, 1892. La relation est tentante, d'autant plus que les familles concernées viennent des mêmes provinces, Champagne et Picardie. Voir note 31

4) - Archives départementales de Paris, le quartier Saint-Honoré au 18e siècle

5) - Flora Tristan, la paria et son rêve : correspondance, ‎Stéphane Michaud - 2003 - coll. ‎Feminist

6) - Archives départementales de l'Indre, EC AN n° 120 du 10 septembre 1820 à La Châtre, Indre, Centre, France et recensements des îles Anglo-Normandes de 1861 et 1871

7) - Archives départementales de l'Indre, AM Desages-Pouradier n° 12 du 5 février 1817 à La Châtre, Indre, Centre, France et actes colatéraux ; archives du Ministère de la Justice, fichier des nominations judiciaires du 19e siècle.

8) - Nobiliaire du Berry - Volume 1 - Page 483, Hugues A. Desgranges - 1971

9) - L. Vincent, George SAND et le Berry, thèse de doctorat, Paris, 1919, p. 336

10) - Assemblée nationale législative. I. Note adressée le 24 septembre 1849 aux membres du barreau. Signé Pierre Leroux. II. Consultation d'avocats au sujet de l'arrestation d'Auguste Desmoulins et Luc Desages – 1849 de Pierre-Henri Leroux (Auteur), Assemblée nationale législative (Auteur). Gazette des Tribunaux n° 1991 du 30 novembre 1849 - Le conseiller du peuple: 1849-1850 - Page 449, Alphonse de Lamartine - 1850

11) - La Presse, 11 octobre 1849

12) - Auguste Desmoulins, «L’Amérique et le socialisme», dans L’Espérance, revue philosophique, politique, littéraire, publiée à Jersey par Pierre Leroux, IVème livraison, p. 201. Wikimonde Plus : Auguste Desmoulins, 22 avril 2016

13) - L'acte de décès indique l'adresse de l'asile des aliénés à Saint-Maurice.

14) - Lettre de Victor Hugo insérée dans La Chronique de Jersey des 4, 7, 11 et 14 janvier 1854

15) - Chanel Island Census 1861 pour Saint-Clément ; 1860 staff member list of Victoria College of Saint-Helier, Jersey

16) - Voir les plans de construction du marché couvert élaborés par le Canton de Bas de la Vingtaine de la Ville de Saint-Hélier de 1881

17) - Archives départementales de l'Indre, suivant EC AD n° 98 du 19 août 1871 à La Châtre, Indre, Centre, France pour la mère et AD n° 83 du 14 octobre 1878 à La Châtre, Indre, Centre, France pour le père

18) - Il y eut un conflit entre Vincent DESAGES et son fils Etienne Luc, le premier n'ayant pas supporté les orientations prises par son fils. Il semble que le notaire de la Châtre ait tenu à faire respecter l'intérêt des enfants en dépit des conditions exposées par testament holographique du père.

19) - Archives de la Vienne, dossier 4 Q 5616 : Conservation des hypothèques de Montmorillon. Transcriptions, vol. n°563. Acte n°3 (établi par Me Miltas, notaire à Saint-Savin, le 7 septembre 1879) : achat par Etienne Luc Desages d'une ferme située au lieu-dit Remerle à Angles-sur-l'Anglin.

20) - En fait, Etienne Luc DESAGES et Pauline Charlotte LEROUX se seraient, avant de s'établir à Saint-Clément, mariés vers 1855 à Saint-Hélier (Suivant la Bibliothèque française et romane : Etudes littéraires, éd. Klincksieck, 1973), évènement que nous n'avons pu valider mais qui correspond à la naissance de Paul DESAGES.

21) - Jersey Heritage, Archives & Collections Online for discovery, research, family history and more (http://catalogue.jerseyheritage.org), Civil BMD Registers à Saint-Hélier et Saint-Clément pour les naissances et décès dans l'Etat de Jersey, Achives de l'Aube pour la seule naissance réussie en France en 1850 avant l'éxil ; Archives départementales de la Vienne, des Yvelines, de Seine-Saint-Denis, de Paris (10e et 19e) et du Maine-et-Loire pour les naissance, mariages et décès en France de la desendance

22) - Cercle social Edgar Quinet, 5 août 2007 : "Itinéraire maçonnique de Pierre Leroux", par Simone Czapek

23) - L'établissement du couple LEROUX-VOLCK en Californie devait être à l'origine d'une dysnastie très nombreuse dont les descendants actuels ne savent souvent plus d'où venaient leurs ancêtres. Voir la généalogie américaine sur le système Sandra Brandson Young (http://bransoncook.systemaxonline.com).

24) - Daniel Cahen, Afred Frézières, Les Almis de Pierre Leroux, 2016

25) - Leroux Jules C. [Dictionnaire biographique du mouvement social francophone aux États-Unis]

26) - Voir note 14.

27) - ARFIDO S.A. Paris et sa région: Faire-part de décès. Série 12: Paris 1893-1902, Séries 15-18: Banlieue 1860-1902. Paris: ARFIDO S.A., 2006. Suivant EC AD n° 92 f° 17 à Saint-Maurice, Val-de-Marne, Île-de-France, France

28) - La famille a souhaité rester discrète sur l'identité de cette personne

29) - A Biographical History of the Georgist Movement, French part / School of Cooperative Individualism. Il semble qu'Auguste Desmoulins, qui, du fait de ses séjours à Jersey, en Angleterre et aux Etats-Unis, connaissait bien l'anglais, ait tenu à ce que ce fût sa compagne, anglophone georgiste sensibilisée au problèmes de l'agriculture, qui prît la paternité de la traduction sous le nom de Mme Desmoulins. Celle-ci rédigea également en 1890 un article "Back to the fields".

30) - Bulletin trimestriel de la Société d'agriculture de Joigny, Société d'agriculture de Joigny. 1890/07 (A51,N136)-1890/12.

31) - New Ulm Review, June 08, 1892 : "Auguste Desmoulins, who died the other day in France , was engaged at the time of his death in translating Henry George's "Social Problems " into French. He was a descendant of Camille Desmoulins, the revolutionist, and was a white-haired and white bearded old man well-known in literary Paris".

32) - Lettre que l'on peut lire dans le Volume 96, page 196, de 1912

33) - Archives de la Vienne, 4 Q 6060 : Conservation des hypothèques de Montmorillon. Transcriptions, vol. n°1007. Acte n°11 (établi par MeCaillon, notaire à Saint-Savin, le 26 avril 1903) : vente par Etienne Luc Desages à ses fils et filles d'une ferme située au lieu-dit Remerle à Angles-sur-l'Anglin. Voir note 19

34) - Bases Cassini de l'EHESSE et bases INSEE

35) - Jean Michel Tardif, Histoires d'Angles-sur-l'Anglin : La France Mystique d’Alexandre Erdan (1855) – Deux siècles après. 2015

36) - Archives de la Vienne : Communes, registres des délibérations du conseil municipal jusqu’en 1953 - Archives municipales : Répertoire des procès-verbaux électifs municipaux et des mandats, 1860-1960

37) - Archives de la Vienne, registre civil des mariages pour la commune d'Angles-sur-l'Anglin : AM Desages-Nicolas n° 5 du 16 août 1899 à Angles sur l'Anglin, Vienne, Poitou-Charente, France relevé par le Cercle Généalogique Poitevin

38) - Suivant EC AD n° 17 f° 5 du 25 décembre 1900 à Angles sur l'Anglin, Vienne, Poitou-Charente, France pour Pauline Desages ; suivant EC AD n° 14 du 22 juin 1903 à Angles-sur-l'Anglin, Vienne, Poitou-Charentes, France repris par la Bibliothèque française et romane: Etudes littéraires, Volume 43, p 120 pour Etienne Luc Desages ; suivant EC AD n° 20 du 21 août 1905 à Angles-sur-l'Anglin, Vienne, Poitou-Charentes, France repris par la Bibliothèque française et romane: Etudes littéraires, Volume 43, p 265 - déclarée née de Pierre Arnault Leroux et non de Pierre Henri Leroux, pour Pauline Charlotte Leroux

39) - "Forum pages 14-18" / Pages mémoire: nécropoles - MPLF-MDH / MPLF anciens élèves du lycée Colbert 75010 Paris (http://pages14-18.mesdiscussions.net) de Christophe​ Lagrange

40) - British Army WWI Medal Rolls Index Cards, 1914-1920 (Catalogue des médailles de l’armée britannique pour la Première Guerre Mondiale, 1914 à 1920), ed. Provo, UT, USA - Military-Genealogy.com, comp. / Soldats du Royaume-Uni tués durant la Grande Guerre, 1914 à 1919 - British and Irish Military Databases. The Naval and Military Press Ltd. Notons que Wilfred Roland Desages est né le 8 mai 1883 à Angles sur l'Anglin, Vienne, Poitou-Charente, France et fut tué le 21 mars 1918 à Arras, Pas-de-Calais, Nord-Pas-de-Calais, France, où il fut enterré. Son frère, Owen Loftus, né en 1890 à Cheltenham, Gloucestershire, England, Regiment Wiltshire du Duc d'Edinburgh, a été tué le 27 mai 1918 à Soissons, Aisne, Bourgogne, France, et enterré dans cette ville

41) - Voir note 33

42) - Voir les recensements de la population pour la commune d'Anglin-sur-l'Anglin entre 1881 et 1921

43) - Archives Départementales de la Vienne, série W, Archives publiques postérieures pour l’essentiel à 1940, Dommages de guerre : 92 W 1-260, 93 W 1-14, 94 W 1-5, 95 W 1-3, 1071 W 1-9, 1118 W 1 (1919-1983)

44) - Archives départementales de la Vienne, 4 Q 12273 : Conservation des hypothèques de Montmorillon. Transcriptions, vol. n°1836. Acte n°37 (établi par Me Collas, notaire à Saint-Savin, le 13 septembre 1949) : vente par Marcel Desages à Lélia Desages et Pierre Arsonneau d'une ferme située au lieu-dit Remerle à Angles-sur-l'Anglin.

45) - La Revue hospitalière de France - Numéros 227 à 231, 1970 - Page 247 ; La Revue de médecine - Numéros 14 à 27 - Page 1274, 1973 ; Concours médical - Numéros 42 à 47 - Page 7253, 1890 ; Journal officiel de la République française, Édition des lois et décrets, Page 356, 12 janvier 1966, etc

46) - Documentation notariale non consultable aux archives parisiennes pour cette mutation. Il n'y a pas d'actes de mutation enregistrés dans la Vienne au nom du couple en 1946 (puisque l'acte a été signé à Paris). Angles-sur-l'Anglin - Inventaire Poitou-Charentes.

47) - Suivant mention marginale sur AN n° 11 du 11 mai 1876 à Jarville-la-Montagne, Meurthe-et-Moselle, Lorraine, France

48) - Le compte cadastral établit au nom de Pierre Arsonneau et Lélia Desages indique qu'ils étaient toujours propriétaires de la ferme de Remerle au moins jusqu'en 1960 (cadastre rénové de la commune d'Angle-sur-l'Anglin, coté 1087 W 3 aux Archives départementales de la Vienne).

49) - Suivant mention marginale du 12 décembre 1981 à Meaux sur AN n° 59 du 11 août 1904 à Chelles, Seine-et-Marne, Île-de-France, France ; un parc, situé avenue Henri Grivot à Saint-Arnoult, sera appelé "Parc du Dr Arsonneau" qui sera le lieu d'événements culturels et notamment de lecture publique en plein air.

50) - Merci aux habitants d'Angles-sur-l'Anglin, et surtout aux anciens, pour m'avoir détaillé les descendances de leur hôte. Suivant AM Arsonneau-Desages n° 532 du 28 mai 1925 à Paris (4e), Île-de-France, France ; suivant mariage du 3 avril 1924 à Pantin, Seine-Saint-Denis, Île-de-France, France repris par mention marginale du 11 avril 1925 sur AN Yvonne Desages n° 301 du 5 juin 1901 à Pantin, Seine-Saint-Denis, Île-de-France, France ; suivant AM Bertin-Desages n° 873 du 7 juillet 1921 à Paris (4e), Paris, Île-de-France, France ; suivant AM Salmon-Desages n° 1063 du 20 octobre 1932 à Paris (5e), Île-de-France, France repris par mention marginale du 23 octobre 1935 sur AN n° 176 du 1er avril 1898 à Pantin, Seine-Saint-Denis, Île-de-France, France

51) - Somerset, England, Church of England Baptisms, 1813-1914/Baptêmes de l’Église d’Angleterre, Somerset, Angleterre, 1813 à 1914, Provo, UT, USA, 2016 fom Somerset Heritage Service; Taunton, Somerset, England; Somerset Parish Records, 1538-1914; Reference Number: D\P\brut/2/1/16. Index des mariages, Angleterre et Pays de Galles, 1916 à 2005 / England & Wales, Marriage Index, 1916-2005, Provo, UT, USA, 2010 : Comté déduit Berkshire, conjoint Marion G Love, Numéro du volume 2c, Numéro de page 979, Desages, Love - 2c 979

52) - Suivant mariage du 4 octobre 1943 à Saint-Arnoult, Yvelines, Île-de-France, France repris par mention marginale n° 813 sur AN n° 900 du 12 juillet 1922 à Paris (5e), Seine, Île-de-France, France

53) - Yves Robert (cinéaste) — Wikipédia ; Jean-Denis Robert — Wikipédia

54) - Divorce Robert-Bertin du 26 février 1953 à Paris (5e), Île-de-France, France suivant transcription à l'EC le 22 juillet 1953, mention marginale du 22 juillet 1953 sur AN n° 900 à Paris (5e), Seine, Île-de-France, France ; Mariage Gambier-Morel-Bertin du 30 juin 1958 à Paris (5e), Île-de-France, France suivant mention marginale 873 sur AN Bertin n° 900 du 12 juillet 1922 à Paris (5e), Seine, Île-de-France, France

55) - Décès du 22 juillet 2006 à Angles-sur-l'Anglin, Vienne, Poitou-Charente, France suivant mention marginale n° 358 du 26 juillet 2006 sur AN Bertin n° 900 du 12 juillet 1922 à Paris (5e), Seine, Île-de-France, France

56) - Décès du 16 janvier 1966 à Cannes, Alpes-Maritime, Provence-Alpes-Côte d'Azur, France suivant mention marginale s/d sur AN Gambier n° 49 du 26 décembre 1906 à Ourville-en-Caux, Seine-Maritime, Haute-Normandie, France

57) - Un Homme De Joie, dialogue avec Jérôme Tonnerre, de Yves Robert, Flammarion, 1 novembre 1998

58) - Examen des cartes satellites complété d'une reconnaissance concrète des lieux ; consultation des brochures municipales culturelles d'Angles-sur-l'Anglin.

59) - Consultations de cartes postales anciennes du quartier historique et examen des cartes satellites avec reconnaissance Google Earth des quartiers actuels