Louis PIERRE-LEROUX et Henriette Charlotte De BREANSKI : de la galère à la reconnaissance

(Esquisse biographique)

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Louis Pierre LEROUX est le troisième fils de la fratrie issue du couple Pierre Henri LEROUX - Joséphine VOLCK, après la naissance des deux François, le premier, également prénommé Joseph, né en 1841 à Paris et le second, en 1844 à Boussac (Creuse), que Josephine, pour les distinguer, appelera dans sa langue natale Josef et Frantz.

 

Son père, Pierre Henri LEROUX, typographe, philosophe et homme politique de talent, ne fera pas ici l'objet d'une description particulière, bien d'autres études ayant été faites avant nous sur lui. Sa mère, Joséphine VOLCK, dont on n'a en revanche rien su jusqu'à présent, est la seconde compagne de Pierre Henri, suite au décès prématuré d'Elise LEGROS en 1840 à Paris (1) ; elle fut appelée "à la rescousse" par sa soeur Françoise, la soeur aînée de Joséphine VOLCK, la seule et unique compagne du frère de Pierre Henri, Jules Charles LEROUX, pour subvenir aux besoins d'une progéniture déjà nombreuse... (2) Les deux soeurs, toutes les deux nées à Haguenau, en 1811 pour Françoise et 1812 pour Joséphine, dans le Bas-Rhin, en Alsace, procédaient d'un père badois, Franz/François VOLCK (1788–1855), natif de Weingarten près de Karlsruhe, et d'une mère alsacienne, Marie Jeanne MERCKEL (1790–1820), native de Haguenau, tous les deux germanophones et de traditions familiales boulangères. Le couple VOLCK-MERCKEL, disloqué dès 1820 par la disparition de Marie Jeanne, eut au total cinq enfants à Haguenau, trois filles et deux garçons, les garçons, François Joseph VOLCK (1814-1815) et François Antoine VOLCK (1819-1823) n'ayant bizarrement pas vécu bien longtemps...(3) La modestie de la famille, la mort prématurée de la mère et la mort annoncée du père en 1855 provoqua l'émigration préventive des filles VOLCK à Strasbourg, Bâle puis Genève où elles se placèrent, et c'est à Genève, vers 1835, que Jules Charles LEROUX, qui travaillait alors au consulat de France, rencontra Françoise VOLCK. Le comportement des amants, très peu respectueux des usages de l'époque, provoqua le renvoi de Françoise et de Jules Charles du Consulat (2).



On comprend pourquoi ces prénoms de Frantz et Josef, francisé en François et Joseph pour l'Etat Civil français, furent repris dans la descendance masculine des LEROUX-VOLCK, telle une revanche... Bref, les deux soeurs, Françoise et Joséphine, pour ne pas parler de Louise (la cadette des deux dont nous reparlerons), aux origines communes, eurent cependant des destinées très différentes car Jules Charles, compagnon de Françoise, émigra aux Etats-Unis après 1852 (4) et Joséphine suivit les "errements" politico-géographiques de son compagnon Pierre Henri, de Paris à Boussac, aux Îles anglo-normandes, en France, en Suisse, en France à nouveau jusqu'au décès de Pierre Henri en 1871 à Paris, le tout dans une grande précarité malgré les aides des amis de Pierre LEROUX et de ses enfants François Joseph et, sur le tard, Louis Pierre LEROUX.



Françoise VOLCK, la compagne de Jules Charles LEROUX, que l'on appelait Frantz, mourut en 1903 à Cloverdale, comté de Sonoma, Etat de Californie, aux Etats-Unis, après avoir eu sept enfants. Joséphine VOLCK, la compagne de Pierre Henri LEROUX, décéda pour sa part en 1895, à Genève, non loin de son fils Louis Pierre, après avoir eu quatre enfants. Quant à Louise VOLCK, née en 1816, donc la cadette des deux précédentes, elle décéda, célibataire, dans sa ville natale de Haguenau, en 1883 (5).



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La littérature fait naître Louis Pierre LEROUX en 1850 à Boussac, dans la Creuse. Légende ? Car impossible d'être plus précis : nous n'avons pu "légalement" certifier cet évènement. Aucun acte de naissance ou de notoriété n'a été trouvé à Boussac ou dans le canton. Le phalanstère de Boussac était, suite à de multiples pressions et répressions, déjà bien disloqué lorsque l'enfant devait y naître. Peut-être l'enfant y naquit-il vraiment mais les parents, poursuivis de partout, oublièrent ou s'abstinrent alors de le déclarer... Voilà pourquoi l'hypothèse d'une naissance de Louis Pierre à Boussac n'est pas confirmée, voilà pourquoi aussi une naissance à Paris n'est pas non plus insensée malgré l'impossibilité de valider cette option du fait de la destruction des archives parisiennes par l'incendie de l'Hôtel de Ville de Paris en 1871, alors que les parents étaient sur Paris entre 1850 et 1852... Et effectivement, un certain Pierre LEROUX est né à Paris le 2 mai 1851... pour l'instant sans autres précisions, suivant l'Etat Civil Reconstitué de Paris. Quant aux prénoms choisis, Louis est le masculin du prénom d'une soeur de Joséphine, Louise VOLCK (1816 - 1883), née et décédée à Haguenau, Pierre celui de son père...



Une chose est sûre : L'enfant naquit au plus mauvais moment de la vie de son père. Il n'avait même pas un an lorsqu'il connut la première émigration vers les îles anglo-normandes, suite à la proscription de son père par le nouveau pouvoir bonapartiste (coup d'Etat de 1851). La Belgique, le port d'Anvers, Londres, Jersey (6)... enfin un lieu ou vivre en famille, dans une ferme près de Saint-Clément, au 71 de la route de Samarez, ce dès 1852, grâce à l'aide, entre autres solidaires, de Mme de FLAVIGNY comtesse d'AGOULT (1805-1876), une relation de George SAND. La vie des LEROUX (neuf enfants...) devait être assez sûre et tranquille, mêlée d'expérience agrologiques, pour que survînt la quatrième et dernière naissance du couple LEROUX-VOLCK, en 1853 à Saint-Hélier, celle de Joséphine LEROUX, la seule fille et dernier enfant de la fatrie. Louis Pierre apprit le français et l'anglais, de 1852 à 1858. Ce bilinguisme allait être décisif pour l'avenir de Pierre Louis. Celui-ci suivit d'autre part ses humanités à Jersey et dans les diverses villes où passèrent les LEROUX, jusqu'à Lausanne (Vaud, Suisse).



A la faveurs des grâces impériales de 1859, Pierre Henri LEROUX retourne sur le continent, sans doute appelé par le devoir de servir son peuple. Ce choix ne fut certes pas très salutaire car Pierre LEROUX, sans réelle activité, marginalisé par le pouvoir bonapartiste, "traîna" sa nombreuse famille de Paris à Nantes, de Saint-Raphaël à Nice puis de Nice à Lausanne, dans le Vaud suisse où, avec François Joseph LEROUX (1841-1915), le frère aîné de Pierre Louis, et l'aide de Louis Alexandre MICHOD (1811-1878), imprimeur socialiste à Vevey, il ouvre une librairie éditoriale et fonde une imprimerie... Nous étions en 1867, ce après... huit ans d'errance (7).



Tous les enfants LEROUX, du premier et du second lit, ne suivirent pas leur père après 1859. Un certain nombre, notamment les plus grands et déjà chargés de famille, prirent la direction de l'Algérie ou du Nouveau-Monde, un seul, le "second François" du second lit, resta à Jersey où il mourut célibataire en 1894 (8).



A l'appel des mouvements sociaux qui, sur fond de guerre avec la Prusse, allaient aboutir à la Commune de Paris de 1870, Pierre Henri retourne sur Paris dès 1869 où, après une malheureuse période d'emprisonnement due, semble-t-il, à une échaufourée, il va se faire élire à la Chambre du Peuple. Il laisse, dans un premier temps, sa compagne et ses enfants à Lausanne. François Joseph, l'éditeur, avait 28 ans, Louis Pierre devait avoir vingt ans, sa soeur Joséphine dix-sept. C'est à ce moment-là que Louis Pierre prendra la lourde décision, la librairie éditoriale Joseph Leroux allant fermer suite au départ de son père, d'émigrer en Grande Bretagne, se rendant compte qu'il n'avait aucun avenir en France si ce n'est celui de se faire canarder par les prussiens. C'était en juin 1870, la guerre franco-prussienne allait éclater un certain 19 juillet... Le frère et la soeur reviendront sur Paris à la mort de Pierre Henri en 1871, décédé par la famine dans des conditions de misère extrême... Louis Pierre y revint clandestinement d'Angleterre car considéré comme déserteur par le nouveau pouvoir (la guerre franco-prussienne devait s'arrêter le 29 janvier 1871 à Sedan avec la déportation de Louis Napoléon Bonaparte...). Pierre Henri devait, par sa mort, laisser à Paris sa compagne (appelée "épouse" pour respecter les conventions) et sa fille Joséphine dans une situation désastreuse, François Joseph LEROUX, l'éditeur, s'avérant alors le seul soutien familial de sa mère et de sa soeur, sans parler d'anciens amis de Pierre LEROUX. Ces deux dernières avaient été atteintes de la petite vérole, et le manque de soin et de nourriture avaient aggravé la situation sanitaire. Joséphine LEROUX fut même atteinte de paralysie (9).



L'option anglaise fut la bonne. Le bilinguïsme allait structurer sa vie professionnelle dans les deux années qui suivirent. Il émigre en juin 1870 (10). C'est dans le Kent, à Lewisham puis à Londres, qu'il développera une activité d'enseignement bilingue franco-anglais, pour lui-même mais surtout pour subvenir à sa mère et sa soeur restées à Paris. Il n'arrête pas de penser à son père, notamment depuis 1871, année de sa mort, à qui il doit tout. En mars 1872, il publie "Pierre Leroux's Doctrine of Humanity", dans la "The Fortnightly Review", XI, III (New Series ; Whole No. LXIII), revue éditée par John Morley. La langue anglaise utilisée confère à l'ouvrage une dimension européenne et mondiale. Il commence à bien gagner sa vie, par sa vie d'enseignant d'une part, mais aussi sa vie d'écrivain, de philosophe et d'essayiste.



Sorti de la précarité, il pense alors à se marier. Il rencontre une jeune femme blonde au léger accent slave en train de peindre un lac d'Ecosse (11). Elle avait exactement son âge. Il lui parle... en anglais puis en français. Elle venait de perdre sa mère... française. Ce sera chose faite le 3 avril 1875, en l'Eglise Saint Marc de Lewisham, dans le Kent (12). C'était Henriette Charlotte De BREANSKI (1850–1928) qui allait devenir son épouse "pour toujours", pourrait-on dire, son idéale compagne artiste d'infortune. En droit civil anglo-saxon, elle deviendra par mariage et par usage Henriette LEROUX.



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Cette jeune femme, comme ses frères Alfred et Gustave, aux talents d'artiste-peintre avérés, venait d'une famille franco-polonaise établie en Grande-Bretagne vers 1850. D'un naturel discret mais d'un fort tempéramment, elle ne voulut jamais s'exposer comme son mari tout en le soutenant dans ses actions. Du côté paternel, le profile biographique rappelle beaucoup celui de Louis Pierre. Elle est, comme ses frères et soeurs, du fait des vicissitudes historiques, quadrilingue, maniant tout aussi bien le français, l'allemand, l'anglais et le polonais, ce du fait de sa mère française, de son père polonais germanisé et de son environnement anglais. Les origines patronymiques s'enracinent dans la "voïvodie de Grande Pologne (województwo Wielkopolskie)", alors dans le duché de Varsovie (Księstwo Warszawskie) installé par Napoléon Ier, d'une noble famille de Baranów élevée sous les armoiries du cygne (h. Łąbędź) (*). Le blason du cygne, que l'on peut encore voir gravé dans le château Sandomierski à Baranów, aurait été apporté au onzième siècle par le prince danois Peter Wlostowic de Olbin (Piotr Włostowic), prince palatin de Boleslaw, aussi appelé Dunin (13).



Mais la Pologne n'existait plus... depuis 1795. Le grand-père, Teodor Wiktor BREAŃSKI h. Łąbędź/Swan/Cygne (1789–1843) eut avec son épouse Ewa Wilhelmina Rosyna GROMADZIŃSKA h. Łąbędź /Breańska/ dix enfants... tous nés après cette date (14). Tous vécurent et furent elevés dans les valeurs nationalistes polonaises mais tous, notamment ceux de générations précédentes, dont un prêtre, Walerian Tyburcjusz BREAŃSKI h. Łąbędź/Swan (1805–1866), n'eurent pas forcément, à l'issue de leur engagement militaire, des destinées aussi glorieuses. Beaucoup d'entre eux se soulevèrent contre l'occupation prusso-russo-ukraino-autrichienne lors du soulèvement nationaliste de novembre 1830 et ce soulèvement, trop aristocratique, fut écrasé par les russo-ukrainiens qui en profitèrrent pour augmenter leurs aires d'occupation. On devine les conséquences : beaucoup des enfants Breański, privés de leurs biens, condamnés pour haute trahison ou désertion, s'expatrièrent, qui en Prusse, qui en France, qui en Grande-Bretagne, au cours de ce qu'on allait appeler la "Grande Emigration" des polonais vers l'Ouest européen (15). En France, les émigrés polonais s'organisèrent au sein de la Société Démocratique de l'Emigration Polonaise, basée à Poitiers et animée par Walerian BREAŃSKI et Piotr JEMIOŁOWSKI (16). Mais on retiendra surtout la présence à Paris du colonel émigré Feliks Klemenz Kazimierz BREAŃSKI h. Łąbędź (1794–1884), frère de Teodor Wiktor, décédé fort âgé à Paris. Il avait traduit en France son nom par Félix Clément de BREANSKI, pour le rendre intelligible à ses hôtes français. Avant de se réfugier à Paris, il avait perdu sa première épouse, Ludwika Izabela DUNIN-WĄSOWICZ na Smogorzowie h. Łabędź /Breańska/ (1800–1835), mariée à Varsovie de 1816, et devait se remarier à Paris avec une valencienne, Anne Julie MOLIERE (1807-?), en 1838, avec laquelle il n'aura pas d'enfants (17) ; en revanche, son frère Faustin (Faustyn Michał BREAŃSKI h. Łąbędź/Swan, 1798–1877), comme lui militaire émigré dont nous reparlerons, se mariera à une française, Rose Hortence RICHARD (1817 - ?), avec laquelle il aura une descendance (dont le dernier représentant mourut célibataire à Gourdon, dans le Lot, en 1946), et l'on retiendra le parcours de son premier fils Alexandre Faustin (1840- 1919), né à Nantes, lequel, après une participation au soulèvement polonais de 1863 et un passage en Italie, se convertit en fabricant d'alcool de pommes de terre et passa également, à l'annonce de la guerre franco-prussienne, par Jersey avec son épouse bretonne Olive ROUSSEAU (1846 - 1924) et ses deux enfants pour s'établir à terme aux Etats-Unis vers 1885... où, naturalisé américain, il mourra en 1919 à Mount Vernon, Westchester, dans l'Etat de New York. La résidence de Félix Clément en France, animateur pour sa part à Paris de l'Association Monarchique de l'Emigration Polonaise, ne l'empêchera pas de s'engager dans les campagnes d'Italie (1848), de Turquie (1853) et de Crimée (1856), Şahin Pasha ayant été son nom de guerre dans les campagnes ottomanes. Il rédigea une autobiographie qui malheureusement ne fut publiée qu'en 1913... (18)



Le père d'Henriette Charlotte de BREANSKI s'appelait, de son identité polonaise complète, Antoni Leopold Stanislas BREAŃSKI h. Łąbędź (1816–?). Voilà un des personnages les plus mystérieux de la dynastie des BREANSKI. Il était né fin 1816 à Baranów (anciennement Baronau), alors petite ville près de Kempen des Etats prussiens de la province et régence de Posen, cercle (Kreis) de Schildberg (19), actuellement une gmina (
communauté rurale) du powiat (canton) de Kępno, en Grande-Pologne, à 147 kilomètres au sud-est de l'actuelle capitale régionale Poznań ; c'était, sur les dix enfants, le second fils de Teodor Wiktor et de Ewa Wilhelmina Rosyna. C'est donc dans la partie prussienne de la Pologne occupée qu'il commence ses études. Il fut donc bien germanisé. Il connaîtra l'issue dramatique de son jeune oncle Zenon Anton von BREANSKI (Zenon Antoni BREAŃSKI h. Łąbędź, 1796–1828), militaire de l'armée prussienne engagé dès 1820, naturalisé prussien en 1823, mariés deux fois et décédé à 32 ans à Berlin après avoir perdu sa fille et sa première épouse en 1825 (20). En 1838, il s'engage comme son oncle dans l'armée prussienne, à Berlin. En 1841, Leopold von BREAŃSKY (orthographié comme tel) quitte l'Empire de la Prusse occupante à Hambourg, ville libre de l'Empire, sur mandat du Gouvernement prussien et, le 30 avril, arrive à Hull, une ville de l'estuaire Humber du Yorkshire, Angleterre, à bord du William Darley (21).



Il ne reviendra pas en Prusse. De Hull, il se rend au Home Office de Londres pour faire valoir un droit d'asile, qui lui est accordé dans un premier temps sous le statut d'étudiant grâce à la loi de 1826... mais en est finalement débouté à la demande de la Prusse comme militaire d'active en désertion avant d'être ramené de force à son port d'arrivée à Hull, et réembarqué sous escorte policière (22). Sur le retour, faussant l'attention des gardes, il descendra à Zeebrugge, en Belgique, sans passeport et sans mandat, donc sans identité authentifiable, profitant d'une escale du Darley sur la nouvelle relation postale entre Hull et Antwerpen (Anvers) (23). Officier d'artillerie polonais, désormais déserteur de l'armée prussienne d'occupation, il se rend à ses nouvelles autorités belges, qui n'ont pas de relations judiciaires avec la Prusse - nous étions en juin 1841, il a 26 ans. Il avait, comme ses frères élevés dans les valeurs d'une noblesse d'épée, très mal vécu l'échec de l'insurrection polonaise de 1830-31 et ne supportera jamais l'occupation, très vexatoire et discriminatoire, de son pays d'origine, la Pologne des Deux-Nations disparue en 1795, par les autrichiens, les prussiens, les ukrainiens et les russes. Bref, il décide de se réfugier, en août 1841, dans la jeune Belgique fraîchement libérée de l'occupation néerlandaise, près de Brugge (Bruges), pour laquelle il avait, dans un désir de vengeance, dédié sa passion dès le début des insurrections des Pays-Bas-du-Sud ayant conduit à la proclamation de leur indépendance, en octobre 1830 - la future Belgique. Ce qui précède et qui suit procède en partie d'une enquête auprès des archives d'Etat de l'autorité royale militaire belge (24).



Réfugié, Léopold y poursuit des études techniques mais sans les terminer, car désargenté, se met à la disposition militaire du nouveau Royaume tout en aidant ses concitoyens réfugiés. En 1844, il y est reconnu officier d'artillerie pour la section étrangère. Il y perfectionne son français et enseigne l'allemand. Il y conserve un goût du secret et de la discrétion, ne désirant guère s'exposer à la connaissance des autres. En quête d'ambitions, il se rend, avec la permission de sa hiéarchie, en France en 1848, l'année des mouvements révolutionnaires, voir son frère Charles Maximilien (Karol Maksymilian BREAŃSKI h. Łąbędź/Swan, 1814–), récemment naturalisé français, et son oncle Faustin (Faustyn Michał BREAŃSKI h. Łąbędź/Swan, 1798–), tous militaires réfugiés, ce dernier, comme déjà vu, marié à Nantes à une française (Rose Hortence RICHARD, 1817–) ; ils s'étaient établis entre Charentes (Angoulême, La Rochelle) et Anjou (Angers), voire aux confins des Pays de la Loire (Nantes, Tours). Léopold veut, parallèlement à son engagement militaire, fonder une famille, terminer ses études et devenir ingénieur mais l'armée du Royaume des Belges semble ne pas apprécier ou pouvoir accéder à ses ambitions et, en dehors de l'Armée, son avenir de réfugié en Belgique semble également compromis. Pour sortir son neveu de l'institution militaire belge dans laquelle il ne peut évoluer, et lui permettre de quitter la Belgique et ainsi de trouver fortune ailleurs, l'oncle Faustin, remarquant en lui beaucoup d'audace et de volonté, lui présente une marche à suivre par le mariage ; il lui présente une française de modeste condition mais honnête et déterminée, Jeanne Henriette dite Eugénie SALMON (1829–1874) (25), une jeune journalière originaire de Loire Inférieure qui, du fait de la volonté du jeune homme et de ses origines aristocratiques, veut bien le suivre, et qu'il ramène en Belgique. Pour des raisons d'adéquation de rang social entre cette jeune fille d'artisans et l'aristocratie du jeune homme, ce pour éviter l'évidence d'un sot mariage dégradant pour la famille du jeune homme, il appelera devant les autres sa future épouse Eugénie de Sciry, nom inspiré d'une famille de la noblesse d'épée du Nord de la France également présente en Belgique... La mystification, qui servait également à masquer une irrégularité administrative, durera jusqu'au remplacement, selon l'usage anglais, de son patronyme par celui de son mari (26)... Bref, le couple se marie discrètement dans sa mixité sociale, la réprobation ou l'ignorance de sa famille et dans l'urgence, au Consulat de France à Bruges en mai 1849, ce qui entraîne à terme la rupture du contrat d'avec l'armée royale belge et donc Léopold à quitter la Belgique avec sa nouvelle épouse, et décision fut prise d'aller en Angleterre. En effet, celle-ci avait, à compter de février 1848, pris la décision de ne plus renvoyer les réfugiés ayant officiellement déposé une demande d'asile et accepté une proposition d'emploi. Mais c'était sans compter avec une grossesse déjà bien avancée et Stanislas alias Léopold dut s'arrêter à Ostende, étape nécessaire avant le grand saut vers les îles britanniques via la mer du Nord, y laissant son épouse. Car c'est à Ostende qu'il aura d'Eugénie SALMON, le 6 mars 1850, une fille, la première d'une fratrie à venir de cinq enfants, Henriette Charlotte BREANSKI... Corneille FREYMAN, accoucheur, déclarera l'enfant en lieu et place du mari absent. Et tous les deux, Stanislas et Jeanne Eugénie, ont été, sur l'acte de naissance, déclarés "particuliers" (27).



Léopold Stanislas BREAŃSKI, sentant effectivement la naissance prochaine, part seul d'Ostende le 26 décembre 1849 pour arriver le lendemain à Douvres, dans le Kent, au Royaume-Uni. Il y arrive avec le statut de militaire officier réfugié, sans passeport, ce qui le protège des revendications prussiennes (28). Il arrive en Angleterre en éclaireur et trouve, par le Home Office, un emploi d'enseignant. Cet emploi lui permettra de faire venir son épouse, sans doute dans des conditions clandestines car nous n'avons pas trouvé au National Archives of UK (NAUK) de trace officielle de son passage maritime, accompagnée ou non, depuis la Belgique. Toujours est-il que c'est à Islington que le couple va s'établir, en mai 1850 (29), c'est à Londres que notre désormais appelé Léopold De BREANSKI va développer un professorat de langue allemande et de mathématiques au Queen's Elizabeth Row. Après Henriette Charlotte née en 1850, sans doute "trop tôt", le couple mettra environ quatre ans pour confirmer son installation et régulariser sa situation, et avoir d'autres enfants : viendront Alfred De BREANSKI (1854–1928), jumeau d'Athur Ladislaw qui mourra en juillet de la même année, Eugénie Antoinette De BREANSKI (1855–1897), Julie Bertha De BREANSKI (1857–1891) et Gustave Adolphe De BREANSKI (1859–1899)(30). Alfred et Gustave en furent les plus connus du fait de leur très beaux talents dans la pratique de la peinture romantique paysagère, talents sans doute acquis de leur soeur aînée, et leur réussite économique et sociale qui s'ensuivit, également transmise à leur descendance (31).



En 1852, soit trois ans après son entrée en Angleterre, Leolpold régularise sa situation et s'appelera désormais, pour respecter son origine aristocratique, Leopold De BREANSKI ou DeBreanski, traduisant en système latin son identité prussienne et polonaise (les anglais ne traduisent pas ni ne reconnaissent les titres étrangers) (32). Il semble qu'il ne se soit jamais naturalisé ou débarrassé de sa nationalité prussienne, quand bien même il l'ait gardée suite à sa désertion. Son épouse s'appelera désormais de son nom à lui (33). En plus de son activité d'enseignement, il développe une activité de conseil en ergonomie et organisation du travail et prépare dès 1860 un diplôme d'ingénieur civil. Sa formation d'ingénieur confirmé lui permet de déposer un brevet sous le n° 1029 et daté du 25 avril 1863, publié dans "Patents for Inventions: Abridgments of Specifications", p. 837, portant sur un appareil de fixation, de levage et de dépose d'objets lourds à distance (caducité en 1877). La revue anglaise "The Ingineer" reprend les références et la description de ce brevet dans son volume 15 de 1863 (Morgan-Grampian Publishers, 1863). Tel fut le but accompli de sa volonté de servir pour sortir de l'assistance au réfugié qu'il a été.



Léopold déménagera deux fois, ainsi détecté par les recensements anglais de la période. En 1851, on le voit à Islington, Middlesex ; en 1861, à Greenwich, Kent, où il résidera jusqu'en 1874.



1874 sera une année malheureuse. Léopold perdra prématurément son épouse Jeanne Henriette SALMON dite Jeanne ou Eugénie DE BREANSKI en juillet 1874, à Greenwich (34). Les descendants l'avaient declarée décédée à 55 ans au registre... alors qu'elle était née en 1829. Plus personne n'avait eu conscience de sa véritable identité, de ses origines, peut-être bien même françaises. Peut-être faisait-elle plus vieille que son âge... Bref, en 1881, un census voit Leopold à Cookham, dans le Berkshire, où il terminera ses vieux jours avec ses deux derniers enfants Julie Bertha et Gustave encore célibataires, en tout cas jusqu'à leurs mariages respectifs, tous deux survenus en 1884. La date et le lieu de son décès reste à ce jour inconnus. Peut-être même est-il, à la faveur du mariage de ses derniers enfants, retourné en Pologne, en parfait patriote, pour y mourir... dignement (la Pologne retrouvera sa première indépendance en 1918) (35). Sa descendance était en tout cas bien assurée.



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Les histoires des familles LEROUX et de BREANSKI se rejoignent dans les désertions, les exiles forcés, les émigrations successives, les humiliations, la grande précarité, les mises au ban, les dangers encourus, etc, mais aussi par la volonté de s'en sortir. On comprend pourquoi les deux tourteraux Louis Pierre et Henriette Charlotte se comprirent facilement et s'aimèrent. Dans cet amour, le couple eut trois enfants connus à ce jour : Alfred Pierre LEROUX (1876–?), Julie Josephine LEROUX (1882–1955) qui se mariera avec un cousin De BREANSKI issu d'Alfred, et Edith Pauline LEROUX (1886–?), dont on ne sait rien. On sait qu'Alfred Pierre LEROUX fut, après la mort de son père en 1901, le gardien inoxidable des oeuvres et correspondances de son grand-père Pierre Henri...



Le couple vivra à Lewisham jusque vers 1881 où, suivant un census de cette année, il est trouvé à Deptford St Paul, près de Londres. Le 26 novembre 1883, Pierre Louis LEROUX, qui déménage à New-Cross, dans le Kent, se fait faire un Certificat de déclaration de naturalisation britannique incluant les deux premiers enfants, Alfred Pierre et Julie Joséphine, nés français (36). Edith Pauline n'aura pas droit à ce privilège car elle naîtra anglaise..., comme tous les anglais, avec des parents anglais. Louis Pierre modifiera légèrement son nom en incluant un très d'union entre Pierre et LEROUX, ainsi appelé Louis PIERRE-LEROUX (37).



1890 marque cependant une rupture dans la "vie anglaise" de Louis Pierre, qui met fin, après près de vingt ans d'exercice, à sa fonction de "professor of language". Il avait quarante ans. Les enfants, tous bilingues, avaient grandi et pouvaient supporter une migration vers la France. Son beau-père, Leopold De BREANSKI, veuf depuis 1874, n'était plus de ce monde. Sa mère, Joséphine VOLCK, fort âgée, avait besoin de lui à Paris. Elle marche mal et nécessite une assistance rapprochée. Sa soeur, Joséphine LEROUX, invalide depuis 1872, ne peut faire grand-chose dans l'assistance physique de sa mère. Enfin, son frère, François Joseph LEROUX, qui avait géré les éditions du même nom à Lausanne et à Genève, alors soutien de famille, resté célibataire, avait, peu après la mort de son père et pour des raisons de santé, fermé son affaire à Lausanne, et s'était établi à Nice comme employé libraire, où il décédera finalement en 1915 (38). Devant cette nouvelle situation, il achète, pour lui, son épouse, ses enfants, sa mère et sa soeur invalide, dans les environs de Genève (Suisse), sur le Plateau du Bel-Air à Chêne-Bourg, alors bourgade d'un bon millier d'habitants, une maison du nom de Villa Bel Ombrage (39). Cette villa, de belle architecture, disposant d'un magnifique parc près du val de la Seymaz, existe toujours, quoique maintenant bien entourée... L'air y était pur, les paysages encore ruraux. De son millier d'habitants à la fin du 19e siècle, la commune dépasse de nos jours allègrement les huit mille habitants. Parallèlement à cet achat, et la situation politique ayant bien changé avec l'avénement durable de la République, il s'établit transitoirement à Paris, dans le 16e arrondissement, au 5 de la rue de l'Assomption d'où il organisera quelques entreprises de solidarité.



Louis Pierre sent que son devoir de perpétuateur des idées de son père se passe en France et non en Grande-Bretagne. En 1893, il lance un appel aux amis non guesdistes de Benoît MALON (1841-1893) qui venait de mourir, socialiste forézien puis parisien exilé en Suisse et en Italie pour sa participation à la Commune de Paris, repris par les partisans de CLEMENCEAU et de MILLERAND (40). En octobre 1895, il retourne dans la Creuse et c'est à Guéret, le 26 de ce mois, qu'il prononcera un "Discours aux Politiques sur la situation actuelle de l'Esprit Humain" (lettre reproduite dans la Revue Libérale Internationale puis dans L'Écho de la Creuse), discours qu'il reprendra le lendemain à Boussac. Suivant le désir exprimé par Louis PIERRE-LEROUX, il est probable que le buste en plâtre stéarine de son père sculpté en 1843 par Antoine ÉTEX (41), dont il a fait cadeau à la ville de Boussac, servira de modèle à l'artiste sculpteur bordelais Alphonse DUMILATRE qui va être chargé d'exécuter le monument de son père en 1903 (42). En 1895, dans la Revue libérale internationale de novembre, il donne l'origine des mots "socialisme" et "solidarité". Le 12 avril 1896 à Paris, suivant les derniers télégrammes de la nuit publiés dans "le Matin" du 13 avril 1896, Louis-Pierre assiste et participe au Congrès des Féministes en l'Hôtel des Sociétés Savantes à Paris. En juin 1896, à Châteauroux, Indre, il reprend avec Auguste DUBOIS (1866–1935), enseignant des doctrines économiques et politiques, la rédaction en français de trois fascicules sur "la pensée de son père, Pierre Leroux (la doctrine de l'humanité)" adressés à la publication "l'Humanité Intégrale" n° 6 de juin 1896 (aux éditions de l'imprimerie typographique et lithographique L. Badel à Châteauroux). Enfin, apothéose de cette série d'actions, c'est à Boussac même qu'il célèbre en 1897, à son initiative, le centenaire de la naissance de son père (né à Bercy en 1797). Mais il n'aura pas le loisir de voir la statue de son père qui y sera érigée deux ans après sa mort, à Boussac, le 21 juin 1903, en présence de Georges CLEMENCEAU et du Ministre de la Marine, Camille PELLETAN. Son épouse le représentera... avec son premier fils, Pierre Alfred LEROUX (42).



Sa mère, Joséphine VOLCK, venait de mourir (1895). La mort prématurée de son second fils, Frantz LEROUX à Jersey en 1894 à cinquante ans, dut accélérer l'évolution vers la mort. Comme, du fait de son lieu de naissance, elle avait oublié ou omis d'opter pour la nationalité française après le rattachement de l'Alsace et de la Lorraine à l'Empire de Prusse, elle mourut en Suisse... sous nationalité allemande, dans la plus grande discrétion (la guerre de 1870 était encore très proche). Nous pensons que ce fut délibéré car Joséphine, pas plus que Françoise, de culture et de langue plus germanique que française, ne voulaient pas se départir de leur soeur Louise VOLCK restée et décédée à Haguenau, Alsace, en 1883, ainsi que de leurs parents décédés à Haguenau entre 1820 et 1855, donc devenue allemande après l'annexion de 1871 (accords de Franckfort). Pour sa part, Louis PIERRE-LEROUX sentait sa santé également défaillir, un cancer se développait (43)...



L'évolution de la maladie fut imparable. Et c'est dans la villa Bel Ombrage qu'un certain 29 juin 1901, Pierre Louis s'éteignit prématurément, à 51 ans, sous le statut des anglais de l'étranger (NAUK). Le secrétaire délégué de l'Officier d'Etat Civil à Chêne-Bourg, L. DURAND, doublé du vice-consul britannique à Genève, Lewis STEIN, signeront et publieront, le 5 juillet 1901, l'acte de décès à Chêne-Bourg (44). Sa soeur Joséphine devait lui survivre à Genève jusqu'en 1918.



Son épouse, Charlotte Henriette De BREANSKI, alias Henriette LEROUX, l'avait suivi jusqu'au bout, de Greenwich à Chêne-Bourg en passant par Paris, Châteauroux, Guéret, Boussac... tel un pélerinage vers les origines sociales mouvementées de son mari. Féministe avant l'heure, elle avait même encouragé son mari à participer à des mouvements féministes en France et en Grande-Bretagne. Elle avait conservé ses talents d'artiste-peintre et peignait beaucoup, surtout des paysages. Mais peu de toiles se vendirent car tel n'était pas le désir d'Henriette. De son séjour en la Villa Bel Ombrage, elle laissa cependant trois "huiles" présentées au Premier Salon Annuel des artistes indépendants au Palais Electoral de Genève, tenu du 30 août au 15 septembre 1898 (45) : "Au Pays de Galles", "En Normandie" et "Hastings, Côte d'Angleterre", toutes signées d'Henriette LEROUX. Après le décès de son mari, elle reprit le chemin de la Grande Bretagne et continua son activité picturale. Suivant le Census du 2 avril 1911, on la voit à Hampton Hill, comté de Surrey, chez sa fille Julie Joséphine, avec ses enfants et petits-enfants. Entourée de ceux-ci, elle voyagea beaucoup, notamment entre l'Angleterre, la France et la Suisse. Peut-être même se rendit-elle en Pologne nouvellement libérée (1918), retrouver les origines de son défunt père. Elle avait 64 ans en 1915 et, le 20 janvier de cette année, s'était encore permise de faire avec eux une belle croisière de Liverpool (Angleterre) à Rio-de-Janeiro (Brésil) à bord du Desna, de la Royal Mail Steam Packet Company (46). Telle est la dernière activité connue. Nous n'avons pas trouvé d'indices précis portant sur sa mort, que nous pourrions évaluer à 1928 (période biologique de mortalité). Une certaine logique voudrait qu'elle mourût à Genève, ainsi rejoindre son mari décédé une bonne vingtaine d'années plus tôt.



* * *



Comme si un exode en appelait un autre, quatre descendants DE BREANSKI de la dernière génération britannique de la lignée BREANSKI-SALMON durent se réfugier à Jersey en janvier 1941, à La Chasse, près de Saint-Hélier, comme un rappel au passage des LEROUX au siècle précédent, pour éviter les bombardements allemands sur les Îles Britanniques et particulièrement sur le Kent et le Surrey. On y trouvait, fille de Louis Pierre et d'Henriette, Julie Joséphine De BREANSKI née LEROUX avec son fils Cédric, né en 1905 à Hampton Hill. En effet, curieusement, cette destination fut choisie alors que les Îles Anglo-Normandes avait été occupées militairement par les Allemands du 30 juin 1940 à la libération, le 9 mai 1945, avec le "consentement" des Britanniques. Julie Joséphine, veuve de l'artiste peintre Arthur A Wyane De BREANSKI (1879–1928), devait finalement rester à Jersey bien après 1945, où elle s'établira seule à Westley House, près de St Clement, et décédera à Saint-Hélier, en 1955 (47). Le lieu de sa retraite, où le célèbre méthodiste Clément aurait prêché, rappelle furieusement celui des LEROUX, donc de son père encore enfant, entre 1852 et 1859... Comme une forme d'atavisme.



La "galère", rentrée dans le sang mêlé des LEROUX et des BREANSKI, n'était pas encore terminée.



Daniel CAHEN

Albi, le 24 juin 2017

Révisé le 27 août 2017



(1) - Voir l'ECR aux Archives de Paris où un dossier est déposé au nom d'Elise LEGROS.

(2) - Cette anecdote a été rapportée lors d'une déposition au tribunal de la Seine dans le cadre de l'affaire Jeanne-Aimée TERRAGE et Jean-Achille LEROUX qui avaient reconnus les enfants de l'ex-compagnon de Jeanne-Aimée, Charles DEVIEUR, qui les réclamait... Affaire qui fit grand bruit à l'époque.

(3) - Landesarchiv Baden Württemberg - Generallandesarchiv Karlsruhe : Geburts-, Heirats- u. Sterbeurkunden in Weingarten - Archives départementales du Bas-Rhin pour la commune de Haguenau. Celles-ci sont en langue allemande entre 1871 et 1918.

(4) - Recensement des îles Anglo-Normandes en 1861 ; Collection des recensements de l’État du Kansas, 1855 à 1925. Sa naturalisation américaine interviendra le 25 mars 1869 à Shawnee, Johnson, Kansas, Etats-Unis

(5) - Index de Find A Grave, États-Unis, XVIIe siècle jusqu’à nos jours ; Web: California, Find A Grave Index, 1775-2012 (pour Frantz VOLCK). Büro des Honorarkonsuls der Bundesrepublik Deutschland in Genf, die Schweiz, Standesamt : Sterbeurkunden-Verzeichnis (Kreislauf 1890-1900) pour Joséphine VOLCK

(6) - La consultation des archives maritimes entre la Belgique et les Îles Britanniques au National Archive of United Kingdom (NAUK) nous a permis d'en tracer le cheminement exact, notamment par les procès verbaux d'admission sur les territoires d'arrivée.

(7) - Archives de la communes de Lausanne, canton de Vaud, pour le registre ancien des Sociétés. La Société de François Joseph LEROUX femera en 1870.

(8) - Les recensements canadiens et américains sont très explicites à ce sujet. Suivant "Histoire d'une amitié: d'après une correspondance inédite, 1836-1866", ed. Klincksieck, 1973 - 368 pages - p. 340, où la mort de Frantz LEROUX est décrite.

(9) - Lire un article de Georges CLEMENCEAU reproduit sur le site "Les Amis de Pierre LEROUX", présenté par Jacques VIARD.

(10) - Voir le PV d'entrée sur le territoire britannique, déposé au NAUK

(11) - Le tableau est toujours conservé par la famille, actuellement la descendance des DAVID

(12) - Suivant England, Select Marriages, 1538–1973 repris par l'Index des mariages dans FreeBMD, Angleterre et Pays de Galles, 1837 à 1915

(13) - Voir le site (en polonais) de la commune de Baranów ainsi qu'un article (en polonais et en anglais) sur Wikipedia

(14) - Mariusz Formanowicz, Bukowskie rodziny. Słownik nazwisk mieszkańców Buku z I połowy XVIII ... (2011) : généalogie des habitants de Bukowski (consultable sur le Net).

(15) - La "Grande Emigration" polonaise - Wielką Emigracją - a fait l'objet de nombreuses études reprises par Wikipedia, en français et en polonais. Lire (en polonais) Wielka Emigracja i programy niepodległościowe oraz polskie ugrupowania społeczne, powstałe po powstaniu listopadowym 1830–1831 (Grands programmes d'émigration et des groupes d'indépendance et sociaux polonais, formés après le soulèvement de novembre 1830-1831) sur le site BRYK.pl

(16) - Michel Sokolnicki. Les origines de l'émigration polonaise en France (1831-1832), 1910 [compte-rendu] in Crémieux Albert, Revue d'histoire moderne et contemporaine  Année 1912  Volume 17  Numéro 1  pp. 73-74

(17) - Mariusz Formanowicz (pour le mariage polonais), ECR des Archives de Paris (pour le mariage français) - Suivant EC AD n° 44 du 16 janvier 1884 à Paris (16e), Paris, Île-de-France, France - A Auteuil - pour le décès. Felix Clément de BREANSKI sera enterré à Montmorency. Concernant la descendance de Faustin de BREANSKI par Alexandre, voir les archives municipales de Nantes et d'Angers, l'ouvrage de Krystyna Jaworska, Edizioni dell'Orso, 1998, pour l'Italie, les recensements des Chanel Islands : Census Returns of England and Wales, 1871. Kew, Surrey, England: The National Archives of the UK (TNA): Public Record Office (PRO), 1871, Classe: RG10; Pièce: 5761; Folio: 116; Page: 31; Bobine GSU : 895831. Pour l'émigration aux Etats-Unis et la naturalisation : National Archives and Records Administration; Washington, DC; Titre ARC: Index to Petitions for Naturalizations Filed in Federal, State, and Local Courts in New York City, 1792-1906; Numéro NAI: 5700802; Titre du groupe de documents: Records of District Courts of the United States, 1685-2009; Numéro du groupe de documents : RG 21. 

(18) -  F. Breanski, "Autobiografia", Przewodnik naukowy i literacki (Guide scientifique et littéraire), Krakow, 1913 - Generała Feliksa Breańskiego Autobiografia, Feliks Klemens Breański, G. Gebethner i Spółka, 1914 - 100 pages.

(19) - Grand dictionnaire de géographie universelle ancienne et moderne..., Louis Nicolas Bescherelle, ‎G. Devars, Bruxelles - 1839 - Site de la municipalité de Baranów : Gmina Baranów, Powiat kępiński, Województwo Wielkoplskie sur http://www.baranow.pl/ pour la geographie administrative contemporaine.

(20) - Baptêmes, mariages et enterrements luthériens, Allemagne, 1500 à 1971 : Evangelische Kirche. Garnisongemeinde Berlin; Preußen. Armee. Artillerie Brigade (Garde); Preußen. Armee. Artillerie Regiment 2 (Feld); Preußen. Armee. Division 01 (Garde); Preußen. Armee. Division 02 (Garde); Preußen. Armee. Dragoner Garde Regiment 1...

(21) - The National Archives (TNA): Public Record Office (PRO) FO 83/21-22 Lists of aliens arriving at English ports ;  HO 2 Home Office: Aliens Act 1836: Certificates of Arrival of Aliens ; HO 3 Home Office: Aliens Act 1836: Returns and Papers ; CUST 102/393-395 Account of aliens arriving: certificates of arrival numbers 1-1055 ; CUST 102/396 Account of aliens arriving, Gravesend: certificates of arrival.

(22) - The Administrative Court of Queen’s Bench Civil Lists for False imprisonment and Human Right : Judgment on extradition of aliens :  Aliens' Act 1828.18

(23) - Rapport de police sur les réfugiés à Zeebrugge (1830-1880). La politique belge au 19e siècle était la suivante : "Tout étranger qui peut pourvoir à son entretien est le bienvenu. Aucun document de voyage n’est nécessaire (ni passeport, ni visa) - La société de l’époque ne fait pas de distinction entre un Belge et un "étranger résident". Ainsi, la fonction publique est ouverte aux étrangers (à l’exception des postes dirigeants, héritage de l’ancien régime et de la politique préalable à la constitution des états-nation). Les "étrangers résidents" doivent répondre aux même obligations que les Belges (garde civique, service militaire). La qualité de résident s’obtient après un séjour relativement court." in Histoire de l’immigration en Belgique au regard des politiques menées (http://www.vivreenbelgique.be). La situation devait changer après 1880...

(24) - Rijksarchief in België / Archives de l'Etat en Belgique : consultation de l'inventaire "Province Flandre occidentale (arr. Bruges, Ypres, Furnes)" Liasse BE-A0513_112305_110916_DUT, Numéro de l'instrument: BE-A0513 / 9999/999, Archives générales du Royaume

2012 (en néerlandais), sous section militaire

(25) - Suivant EC AN n° 7 du 12 janvier 1829 à Blain, Loire Atlantique, Pays-de-la-Loire, France ; suivant le 1851 England & Wales Census et suivants : née en 1829 en France (sans autres détails) ; en 1819 pour le Census de 1871 et l'acte de décès de 1874

(26) - La plaisanterie nous valut bien des tourments à rechercher une personne... qui n'existait pas ! La véritable identité nous fut produite par l'acte de naissance de Charlotte Henriette BREANSKI à Ostende !

(27) - Suivant EC AN n° 99 du 7 mars 1850 à Oostende, Brugge, Westvlanderen, Belgique en français repris dans la "Database Akten West-Vlaanderen" gérée par les volontaires des Archives de l'Etat à Bruges et Courtrai.

(28) - Arrivées des étrangers, Angleterre, 1810 à 1811, 1826 à 1869 : The National Archives (TNA): Public Record Office (PRO) CUST 102/396 Account of aliens arriving, Gravesend: certificates of arrival.

(29) - Recensement de l'Angleterre (Census) de 1851 pour Breanski, Middlesex,  Islington, Islington West, 44

(30) -  General Register Office. England and Wales Civil Registration Indexes. London, England: General Register Office. © Crown copyright. Can be published by permission of the Controller of HMSO and the Office for National Statistics.

(31) - Les oeuvres sont encore proposées sur des sites spécialisés en ventes d'oeuvres d'art (galeries virtuelles), ventes aux enchères notamment.

(32) - Un "residence permit" lui a été accordé en avril 1852 par le "Home Office" pour une durée de cinq ans. Nous supposons qu'il a été renouvelé à chaque échéance. La législation anglaise en cette manière n'a de nos jours toujours pas changé. Le choix de l'identité "Leopold de Breanski" semble liée à l'attachement à la noblesse de sa famille et au passage en Belgique, en reconnaissance de l'hospitalité du royaume représenté par Léopold Ier.

(33) - Le droit anglo-saxon reprenant les coutumes de l'Eglise anglicane subroge le nom de la femme à celui du mari après signature de l'acte de mariage. Officiellement, la femme perd son nom de naissance, contrairement au droit romain en vigueur en France où la femme garde son nom après mariage et peut légalement porter celui de son mari, et vice versa, ce qui ne constitue en rien pas une obligation.

(34) - Suivant Index des décès dans FreeBMD, Angleterre et Pays de Galles, 1837 à 1915 [database on-line]. Provo, UT, USA: Ancestry.com Operations Inc, 2006., cote 1d 477 - Décédée sous le nom de Eugénie De Breanski, âge calculé à 55 ans... donc née en 1819 !

(35) - Beaucoup de polonais déserteurs ou conspirateurs ont été autorisés par le Tsar de Russie à retourner en Pologne, notamment entre 1858 et 1863, peu y restèrent, peu y moururent également.

(36) - The National Archives; Kew, Surrey, England; Duplicate Certificates of Naturalisation, Declarations of British Nationality, and Declarations of Alienage; Classe: HO 334; Pièce: 11

(37) - Idem

(38) - Un article de Georges CLEMENCEAU, reproduit sur le site "Les Amis de Pierre Leroux", est très éloquent sur la situation sociale des Leroux après la mort de Pierre Henri.

(39) - Acte consultable à la Société suisse des conservateurs du registre foncier. Office du registre foncier et de la mensuration officielle à Genève. Droit foncier suisse : "(...) En principe, l'inscription au registre est une formalité nécessaire à l'existance d'un droit réel (propriété, gage immobilier, servitude). En corollaire, tout droit inscrit est présumé valable. Formellement la publicité foncière est assurée par la délivrance d'extraits officiels" En Suisse, il faut présenter un "certificat d’héritier" (appelé aussi "certificat d’hérédité" ou "attestation de la qualité d’héritier") en cas de transfert de propriété. Nous n'avons pas poussé la curiosité pour savoir si la Villa Bel Ombrage à fait l'objet d'une mutation par héritage.

(40) - Claude LATTA (sous la direction de) : "Du Forez à La revue socialiste": Benoît Malon, 1841-1893 : réévaluations d'un itinéraire militant et d'une oeuvre fondatrice, ouvrage collectif, Publication de l'Université de Saint-Etienne, 2000 - Jacques VIARD, le Parti Intellectuel contre le Mouvement Ouvrier

(41) - Antoine ÉTEX, né à Paris le 20 mars 1808 et mort à Chaville (Hauts-de-Seine) le 14 juillet 1888, est un artiste-peintre, sculpteur, architecte et littérateur français ; Alphonse DUMILATRE, né à Bordeaux en 1844, mort à Saint-Maurice (Val-de-Marne) en 1928, est un sculpteur français. (WikiPedia).

(42) - In "La Justice" / dir. G. Clemenceau ; réd. Camille Pelletan ; Camille PELLETAN (1846 -1915), son compagnon de route, était journaliste, rédacteur en chef de "La justice". Egalement Sénateur, député des Bouches-du-Rhône (1881-1912), ministre de la Marine (1902-1905). - Ancien élève de l'École des Chartes.

(43) - Information de source familiale.

(44) - The National Archives of the UK; Kew, Surrey, England; Consulate, Geneva, Switzerland: Register of Correspondence, Births and Deaths and Various Papers; Classe: FO 778; Pièce: 15

(45) - Document visible sur Doc Rero Bibliothèque Numérique : https://doc.rero.ch/record/12085/files/E_1898_Geneve_.pdf. L'institution existe toujours (31e exposition à ce jour)

(46) - Listes des passagers de retour vers le Royaume-Uni, 1878 à 1960 [database on-line]. Provo, UT, USA: Ancestry.com Operations Inc, 2008 ; The National Archives of the UK; Kew, Surrey, England; Board of Trade: Commercial and Statistical Department and successors: Inwards Passenger Lists.; Classe: BT26; Pièce: 603; Article: 41

(47) - Archive Jersey Heritage (Registered Charity 161) : Archives & Collections Online, for discovery, research, family history and more. Collections visibles sur http://catalogue.jerseyheritage.org





(*) - La langue polonaise ne connaissant par les partitifs, la seule façon d'indiquer une nobilité passe par la mention des armoiries dans le nom de famille. Cette mention se fait par la mention de "h." ou "hr" suivi du titre en polonais de l'écusson ou du blason. "h." ou " hr" sont les abréviations polonaises de "herb szlachecki", le blason. Ainsi "h. Łąbędź" qui suit ici le nom de famille Breański peut se traduire par "de l'écusson du cygne", signe d'une dynastie nobiliaire d'épée très ancienne. Cela dit, relever d'un blason dynastique ne justifie pas l'endogamie avec des personnes relevant du même blason, et nous avons noté chez les Breański des mariages "interhéraldiques" comme le blason du bélier (h. Leszczyc). Ce système socio-héraldique n'existe pas dans les pays de cultures et de langues germaniques et latines, qui traduisent la nobilité, pourtant porteuse de blasons, par des partitifs tels que "von", "van", "de" ou encore "di" qui indiquent un lieu-dit, une terre ou un fief ajouté au patronyme, s'il subsiste. Ainsi la seule façon de traduire "Teodor Wiktor Breański h. Łąbędź" dans le système latin est, pour le français, "Théodore Victor de Bréanski" même si "Bréanski" n'indique pas un fief, ce qui est une pratique admise sous les premier et second Empires. Notons que les britanniques n'utilisent pas le partitif "of" pour traduire une nobilité, seuls les titres de "Sir" ou de "Lord", pour ne citer que les plus courants, placés avant le nom, suffisent à informer de la nobilité du porteur. Le partitif "de" des nobles étrangers en anglosaxonie peut néanmoins subister mais il n'a aucune valeur juridique et civile. "de" s'écrit alors "De" et est parfois accolé au patronyme qui conserve la majuscule. "de Breanski" introduit en anglosaxonie s'écrira alors "De Breanski" ou "DeBreanski". Notons qu'en français, lorsqu'un partitif "de" n'indique pas la noblesse du porteur, il est fréquent qu'il s'écrive "De". Ainsi les "D'Olivier" s'écrivent avec un "D" et non un "d".