Le 8 janvier 2006

 

         En 1848, dénonçant la Revue sociale qui disait à Boussac Si l'Evangile avait raison, l'Université, l'Archevêché et l'Académie Française condamnaient "la religion du mal". Appelée socialisme, humanisme ou panthéisme, elle était depuis une quinzaine d'années enseignée par George Sand, Herzen, Heine, Biélinski, Mazzini, etc. En 1939, dans Le Peuple, hebdomadaire de la C.G.T., l'éloge de Péguy socialiste était signé Henry Poulaille. "Ami très proche" de Boris Souvarine, il défendait aussi contre les staliniens le génial romancier qui avait écrit dans Jean le Bleu "nous sommes le monde". En 1948, dans Maintenant, Poulaille reproduisait Si l'évangile avait raison.
         
Sans faire allusion à l'aggiornamento décidé au Congrès de Strasbourg, les professeurs d'histoire ont célébré en 2005 l'unité socialiste, Jaurès et Mitterrand. Le 23 février 1988, Mitterrand m'avait "remercié de [l]'avoir tenu informé" depuis février 1977. Jaurès, en camouflant le caractère français et religieux de son "arrière-pensée", avait octroyé au marxisme la caution de l'Université française. Il se fiait à Lucien Herr, qui avait rompu avec Bernard Lazare, Gabriel Monod et Péguy en entrant dans le jeu du Grand Orient et des sociaux démocrates russes. Ainsi était née, non pas à Berlin ou à Moscou mais à Paris, "l'escroquerie d'envergure planétaire" dont le Congrès de Strasbourg aurait voulu se désolidariser. Mais en parlant très longuement de la Séparation, ou de Guillaume II à Tanger, et pas du tout de la révolution russe, l'Université cache la vraie raison de l'anathème lancé contre les cahiers de la quinzaine, en 1905 par Herr et Lénine, en 1962 par Les Temps modernes de Sartre, et le 23 août 2005 par le Monde. Complétant donc de que j'avais dit en juin dans Le Bad-Godesberg français (156 pages, 20 euros), j'ai en octobre et novembre adressé à M. Jean-Pierre Rioux, Inspecteur général d'Histoire, deux Lettres sur l'unité socialiste et la révolution russe (24 pages, 4 euros). En novembre, M. Alain de Benoist a publié dans le numéro 27 de la revue Krisis mon article sur L'origine du socialisme, et M. Alain Caillé, directeur de la revue du MAUSS, a diffusé ma Lettre-Préface à Boris Souvarine (1983) et l'appel que voici :

                                   SoΦapol
                         SOPHI(A)POL, E.A. 3932
          Laboratoire de sociologie, philosophie et anthropologie politiques
 
                          Mercredi 25 Janvier
                    Université Paris X -Nanterre
                        Salle des conférences
                               Bâtiment B
 
   Journée d’étude (10 h 30 – 12 h 30, et 14 h – 16 h) : Reconnaissance et méconnaissance de l’œuvre de Pierre LEROUX dans l’histoire intellectuelle et politique du socialisme. Autour de Jacques VIARD
 
         Un mystère plane sur l’héritage et la destinée de celui que le jeune Marx appelait, « le génial Pierre Leroux » et en qui George Sand, son indéfectible amie, ou Lamartine voyaient le « Rousseau du XIXème siècle ». Inventeur putatif du mot « socialisme », un de ses plus ardents et influents propagateurs, un temps, à travers l’Europe, penseur par excellence de l’Association et de l’humanisme, inspirateur probable, au plus profond, de Jaurès mais aussi de celui qui allait devenir l’ennemi de ce dernier, Charles Péguy, constamment redécouvert et tout aussi régulièrement rejeté dans l’ombre, Pierre Leroux reste le grand oublié de l’histoire du socialisme. Pourquoi ? Parce qu’avec le triomphe du marxisme puis du léninisme il devait nécessairement passer aux oubliettes que l’histoire réservait aux socialistes utopiques français ? Mais d’autres, Saint-Simon, Fourier ou Proudhon n‘ont pas connu un tel opprobre. Parce que, quoique ennemi de toutes les Églises, il refusait de penser la démocratie et les Droits de l’homme en dehors du religieux, voyant dans le socialisme l’aboutissement des grandes traditions religieuses, la reviviscence désirable de la tradition ? Parce qu’il a payé de la misère et de la mort de faim et de froid de ses enfants (comme Marx) la fidélité à ses convictions et à ses origines populaires (comme Péguy) ? Pourquoi Mauss, comme Léon Blum, ne le cite-t-il jamais malgré des proximités de pensée évidentes ? Que rôle a joué Lucien Herr, à l’École normale supérieur de la rue d’Ulm dans ce discrédit général jeté sur Leroux et pourquoi ?
         Ces questions ne sont pas seulement d’érudition. Elles engagent, et aujourd’hui plus que jamais peut-être la conception du socialisme. Peut-il se passer d’une éthique et d’une anthropologie ?
         Cette journée d’étude se propose d’agiter tous ces thèmes en interrogeant Jacques Viard, professeur émérite à l’université d’Aix-Marseille, président de l’Association des amis de Pierre Leroux,  très certainement le meilleur connaisseur de tout cette histoire et qui, à plus de 80 ans poursuit, avec toujours autant d’ardeur, et d’arguments frappants, le combat en réhabilitation de Pierre Leroux.