Association  des Amis de Pierre Leroux                    le 9 janvier 2007
40, rue Pavillon
13100 Aix-en-Provence       
O4 42 38 44 23 

   

 

Aux municipaux de Boussac, au Conseil général des Bouches du Rhône,   au Conseil général de la Creuse, au Conseil régional du Limousin, au Conseil régional de Poitou-Charente.
                       
 Dans des Lettres ouvertes au Pape Benoît XVI, àM. François Hollande, Premier Secrétaire du Parti socialiste,   à M. Stanley Hoffmann, Directeur du Center for European Studies à  Harvard University,  et à Mme Ségolène Royale, Présidente de la région Poitou-Charente, j'ai fait connaître deux événements où se manifeste l'aggiornamento de notre pays : la   commémoration  de Léodile Champseix et la déclaration faite par M. Jean-Pierre  Rioux, Inspecteur général de l'Education  nationale, rédacteur en chef de la revue Vingtième siècle et vice-président de la Société  des Etudes jaurésiennes : "Jaurès s'est fait socialiste  à la suite de Pierre Leroux" . Durant quarante ans, cette Société et l'Université,  "qui sont  comme le dit M. Jordi Blanc les deux voies d'accès cultes à Jaurès" ont été sous l'emprise impérieuse de Madame Madeleine Rebérioux, qui soutenait que Leroux, étant "très catholique", était un inconnu pour Jaurès, essentiellement marxiste c'est-à-dire athée. Deux contre-vérités que depuis 1983 Radio France   ne me permet pas  de réfuter. Il est vrai qu'en 1983, pour ceux qui se fiaient à Henri Guillemin , je n'étais  que "le zélateur de Péguy" , c'est-à-dire d'un Judas, d'un  "vendu" . Or Guillemin avait été choisi par   le P.C.F. pour présider le Comité d'historiens  favorables à la candidature  de François Mitterrand.  Peu après, trop tard, "scandalisé et angoissé", Mitterrand a déclaré   que "l'enseignement de l'histoire" aboutissait à "la perte de la mémoire collective". En 1991, en reconnaissant que  "le courant de pensée socialiste venu de Leroux à Jaurès avait été occulté par l'idéologie marxiste", le Parti socialiste a donné, sans le dire,  tort à Jaurès. Et sans le savoir il donnait raison à Léodile Champseix et à ses amis, Lucien Descaves, Péguy et Eugène Fournière, ouvrier devenu professeur et  directeur de la Revue socialiste , où il  écrivait   en août 1905  :   "Nulle action humaine ne pourra jamais mêler en un seul les deux courants  que le congrès d'unité vient de faire confluer".
   En 1986, on avait oublié Léodile Champseix, dont je parlais dans notre deuxième Bulletin, que   Mitterrand a lu attentivement.  Cette  année, pour trois commémorations de Léodile Champseix,  j'ai été en qualité de président des Amis de Pierre Leroux  invité à Poitiers le 8 mars par la présidente de la Région Poitou-Charente, le 15 juin par  le Maire  de Poitiers et le 20 novembre  par la Bibliothèque universitaire. Pour "vulgariser" comme  George Sand dans des romans "rustiques" la philosophie de Pierre Leroux, cette mère s'était formé   un  pseudonyme masculin  avec les    prénoms de ses deux fils, André et Léo. Et sa conception du mariage  et de la famille   est encore  comprise en Italie, en particulier à l'Université de Padoue . A la fin de l'Empire, dans les assemblées  républicaines, Léodile était assez appréciée  comme  romancière, comme  journaliste, comme orateur pour être chargée par  les dix-sept   membres de la  Section des Batignolles de rédiger l' Appel où on a lu le   8 janvier 1871 : "il est temps d'appeler à la démocratie la femme. Il faut initier de bonne heure à nos croyances l'enfant " . Communarde,   elle voulut    combattre  les Prussiens   "jusqu'au delà de la dernière extrêmité", avec le colonel Rossel, qui  l'appelait "le soldat André Léo".

   

  Mais son plus grand mérite, c'est d'avoir sauvé la mémoire des proscrits. Grégoire Champseix, son mari, avait avant 48 contribué  à la Revue sociale  publiée  à Boussac. Exilés ensemble à Lausanne   en   1851, ils y lisaient en 1858 dans L'Espérance  de Jersey les   lettres de Londres  aux "esséniens  du monde".  Veuve,  Léodile alla     à Nantes étudier l'Encyclopédie  nouvelle  avec  le  docteur Ange  Guépin, qui avait été "excommunié  de l'Université" en 1850,  pour avoir   affirmé dans  La philosophie du socialisme   sa solidarité avec les ouvriers de Paris. Elle était en relations avec le philosophe Charles  Renouvier et avec l'église "évangélique" d'Edmond de Pressensé  dont  le     théologien Ferdinand Buisson  avait été l'émissaire  auprès de Leroux, à Genève. En 1872, en public,  exilée à Genève,  elle  comparait Marx,    annexant l'Internationale à  Bismarck  annexant l'Alsace-Lorraine. Et quand on a lu sous la signature de   Benoît Malon que  "les Associations  de 1848 n'avaient pas seulement formulé, elles avaient entrepris de réaliser l'idée qui a présidé   à la fondation de l'lnternationale" et que ces Associations bénéficiaient de l'expérience des    "vingt-huit apôtres de la solidarité humaine rassemblés par Leroux  dans la Creuse et aidés par sa disciple,  George Sand", cela avait été écrit  par Léodile ou sous sa dictée.  Malon aurait   dû le dire, et en 1892   Jaurès  aurait dû y penser, et s'informer au lieu  de faire l'éloge de Malon quand il  a découvert  dans Le socialisme intégral    que l' antiracisme de l'International Working  Men n'était pas une idée de Marx mais  une "réminiscence du socialisme idéaliste français". Et les professeurs d'histoire ont suivi l'exemple de Jaurès, docteur en Sorbonne. Ils ont "ignoré, tu,  passé sous silence" (ainsi dira Péguy) l'autodidacte Fournière : excellent ami de  Malon et de Jaurès, il corrigeait leurs erreurs. Il est l'auteur du tome où       l'Histoire socialiste a dit en 1905  :   "Personne   n'a eu       l'âme plus   socialiste et le cerveau plus fécond que Pierre Leroux. Il  a imprégné de socialisme les plus hauts esprits de son temps". Sur la couverture de ce tome, on lit le nom de Jaurès,   car son  contrat de "directeur" était antérieur au   Congrès de l'International où il a "courbé sa nuque puissante (comme l'a dit  Trotski) sous le joug de la discipline organique". Evidemment, en se soumettant à ce Congrès, il avait quitté les cahiers de Péguy, tandis que Fournière restait    abonné et tenait à le faire savoir aux lecteurs de la Revue socialiste. En 1908, dans   La course à l'abîme,  il a dit sans être    entendu par   Jaurès que l'antimilitarisme  amènerait  soit  un putsch  réactionnaire  soit la guerre : "Attendons le gendarme et souhaitons du moins qu'il ne vienne pas du dehors." En 1913, contre  le pacifisme de Jaurès, il a soutenu  Charles Andler comme Péguy. Et Lucien  Descaves, confident de Léodile Champseix et mémorialiste de la Commune, s'est efforcé en  1914 d'assurer le nécessaire  à   la veuve de Péguy.

 
Nos prochains Bulletins rendront compte des   débats encore  en cours à la suite de la journée de travail que j'ai animée le 25 janvier 2006 à l'Université  de Paris X Nanterre. Dans    l'invitation  diffusée par  le Laboratoire de sociologie, philosophie et anthropologie politique SOPHIAPOL,  le mot "mystère"  était employé par Alain Caillé, successeur d'Annie Kriegel dans cette Université et directeur de la Revue du MAUSS. Cent ans après la destruction de ses papiers par Lucien Herr, pourquoi ce silence, ce secret, ce souci de     protéger "contre Péguy" la mémoire du  révolutionnaire trilingue  que le Ministère des Affaires étrangères regardait comme "un fanatique"  trop influent  sur Jaurès ?   

P.S. 1. Malgré l'angoisse  exprimée par Mitterrand  et le devoir    affirmé par Jacques  Chirac de "réparer l'injuste méconnaissance de Pierre Leroux", le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel   n'a pas encore jugé bon d'intervenir pour que je puisse user de la radio. Je suis donc obligé de reporter   le colloque    projeté sur la "France libre" du XIXème siècle et sur  la très regrettable prolongation de son exil.
      2. Ayant laissé passer la date limite pour l'octroi de  la subvention accordée à un ordinateur portable, puis-je en renouveler la demande ?
      3. Prière de noter notre nouvelle adresse et le nouveau prix de l'abonnement: 30 euros.
                                                                                                             Jacques Viard

 

Cf également mon article de novembre 2005 dans la revue Sirius (n° 27)  

  Jean Jaurès, Fayard

  Jordi Blanc, Jaurès,Œuvres  philosophiques, I, vent terral d'Albigeois, p.p. 16 et pp 32-82

Le Monde, qui après 68 s'était avili en devenant son complice, a reconnu  le 11 décembre 2004 que "la culture historique de Henri  Guillemin était insuffisante".

Charles Péguy, 1980,p. 1 (en note)

Article publié en juillet 1962 dans  Les Temps Modernes, Sartre regardant   Guillemin comme "le meilleur historien marxiste". Ilsétaient tombés plus basqueRomain Rolland et Georg Lukacs, qui en outrageant Péguy avaient pour excuse la terreur stalinienne. Dans les Feuillets de l'Amitié Péguy, en décembre 1962, j'ai aussitôt répondu.

Merci à  l'Association des amis d'André Léo qui nous a fait  connaître cette thèse soutenue à Padoue par Mme Fernanda Gastaldello

Je renvoie aux Actes du colloque Benoît  Malon,  PUF de Saint-Etienne, 2000, et particulièrement à Deux romancières, George Sand et  André Léo par Bernadette  Segoin, et à ma communication  Le Parti  intellectuel contre le Mouvement ouvrier

Le 31 décembre 1907 il  se    dira "abonné "depuis la fondation, c'est à dire depuis huit ans".

"Permanente à service réduit ou milice, l'armée ne peut vivre quepar la discipline. Mieux vaudrait n'avoir point d'armée que d'en avoir une qui se mêle aux troubles civils. Les socialistes pouvaient excuser les jeunes soldats surexcités par la fusillade de Narbonne contre   leurs compatriotes régionaux ; mais   de là à glorifier la prise d'armes d'unrégiment et la mutinerie  d'un autre, il y a une distance que les socialistesn'auraient jamais franchie s'ils avaient songé à l'indépendance de notre pays, indépendance qui n'est pss seulement nécessaire à notre vie nationale, mais encore à la démocratie et au socialisme les autres pays d'Europe."

Qui a eu le courage de me soutenir,  en disant au Colloque Jaurès et la Nation (1964) qu' "à la fin de sa vie Jaurès se décidait à une véritablerévision du capital d'idées sur lequel il avait vécu", et en écrivant que "les  attaques de Péguy contre le Parti intellectuel étaient pertinentes",  Ce que je crois comprendre (1992).