L'Echo de la Creuse (17 avril 1875)

 

     Dimanche dernier (11 avril), une touchante cérémonie réunissait au cimetière Montparnasse les nombreux amis et disciples du philosophe Pierre Leroux présents à Paris.

     Il s'agissait de l'inauguration du tombeau qui lui a été élevé au moyen d'une souscription, et autour duquel se réuniront de temps à autre les adeptes fervents de la doctrine humanitaire de l'ex-imprimeur de Boussac, de l'éminent penseur, de l'honnête homme dont la démocratie déplore la perte.

     Nous empruntons à l'Evénement le récit de cette fête du souvenir, en exprimant le regret bien profond de n'avoir pu y assister et donné à la mémoire de notre illustre confrère, à l'ancien représentant du peuple de 1848, ainsi que l'a fait si excellemment notre honorable ami M. Nadaud, ce dernier témoignage de nos vieilles et ardentes sympathies.

  "Hier, en présence d'une nombreuse assistance, a eu lieu, ainsi que nous l'avions annoncé, l'inauguration du tombeau de Pierre Leroux. C'est une simple stèle, en pierre, surmontée du buste si remarquable du philosophe, buste dû à l'habile ciseau d'un statuaire sympathique, Antoine Etex. Dès deux heures, des groupes, où l'on remarquait beaucoup de dames, se formaient à l'entrée du cimetière. Parvenue près du tombeau dans un religieux silence, la foule, après avoir contemplé les traits pleins de force et de vie de Pierre Leroux, a écouté avec une vive attention, d'abord, le beau discours de Martin Nadaud, ancien représentant du peuple ; puis quelques paroles émues de Charles Lebrun, ami particulier du penseur ; enfin, elle a accueilli avec joie les explications que lui a données Auguste Desmoulins sur la double tâche incombant aux amis de Pierre Leroux, à savoir l'érection d'un tombeau qui serve de centre permanent aux adeptes de la doctrine de l'humanité, devoir qui vient d'être accompli, et, second et capital devoir qui reste à accomplir, la publication des oeuvres complètes du philosophe.

  "Ce qui a frappé surtout les auditeurs, c'est l'accent, c'est la conviction avec lesquels Martin Nadaud, après avoir indiqué l'origine toute démocratique de Pierre Leroux et ses débuts laborieux, a fait ressortir ensuite ce qu'il y a eu de grand et de généreux dans la conduite de ce digne représentant du peuple, notamment, en 1848, où on le vit défendre presque seul la cause des vaincus. Martin Nadaud, au milieu des applaudissements, acheva son éloquent discours en affirmant, en son nom personnel, que les classes ouvrières ont, par conséquent, une dette de coeur à payer à la mémoire de Pierre Leroux. Il croit donc que, si elles étaient réunies autour de son tombeau, elles n'hésiteraient pas à s'unir en ce moment à lui pour s'acquitter de cette dette sacrée".

     Non, l'affirmation de notre vieux camarade Nadaud — dont nous regrettons de n'avoir point reçu le discours en temps utile pour l'insérer — n'est point vaine ! et nous croyons pouvoir dire aussi, pour ne parler que d'une classe spéciale de travailleurs que nous avons eu l'honneur de représenter longtemps à Paris — les typographes — que les ouvriers, s'ils y sont conviés, apporteront très volontiers, dans la mesure de leurs moyens, un concours efficace à la publication des oeuvres du typographe-philosophe Pierre Leroux, dont le nom figure, depuis de longues années, au premier rang des illustrations démocratiques de notre chère patrie.

                            signé C.S.

                            (Cornillon - Savary)