Au tome VII du DICTIONNAIRE DE LA CONVERSATION ET DE LA LECTURE (Paris• Firmin-Didot, 2e éd. 1878), D.-A. Griffiths a trouvé l'article  « Emancipation de la femme » signé Keratry, qui s'achève ainsi :

[…] La révolution de 1848 aurait évidemment manqué à sa mission providentielle si la question de l’ émancipation politique de !a femme n'avait pas été porté alors à la tribune nationale.

A propos d'un projet de loi sur une nouvelle organisation à donner aux communes, M. Pierre Leroux proposa un jour à ses collègues de rédiger l'article premier de la loi nouvelle comme suit : « La liste des électeurs comprend les Français et Françaises majeurs, etc... » Appelé à développer cet amendement à la tribune, le célèbre montagnard, après un exorde dans lequel il regrettait modestement qu'une si grande et si belle cause eût un défenseur aussi faible que lui, ajouta

« Je réclame donc, citoyens, votre silence et votre attention au moment où je viens vous faire une proposition que vous pouvez trouver excentrique (On rit)... Oui, citoyens, c'est un devoir de conscience que je remplis ici. je soutiens que la constitution est favorable à ma thèse, car elle exclut bien les femmes du droit électoral politique, mais elle ne les a pas exclues du droit municipal... Le préambule de la constitution dit qu'elle a pour but de faire parvenir tous les citoyens à un plus haut degré de lumières et de bien être... Comment croire que la constitution ait entendu par là un seul sexe ?... Je vous demande si la liberté, l'égalité, la fraternité (Une voix! Et la maternité !), si ces grands mots, ces grands principes, ne s'appliquent pas à toutes les créatures humaines... Ceux qui ont écrit la constitution ont très bien compris que l’union des deux sexes... (Hilarité générale et prolongée. Une voix à la Montagne : Quittez la tribune! Vous voyez bien qu'on se moque de vous !...) Du reste, citoyens, cette question a été tranchée par le mot sublime d'Olympe de Gouges : la femme a le droit de monter à la tribune, puisqu'elle a le droit de monter à l'échafaud! • (Le général Husson : A-t-elle le droit de tirer à la conscription ? - Plusieurs voix

Assez! Assez!)

L'orateur, faisant un suprême effort pour dominer le tumulte, établit que l'émancipation de la femme est l'un des grands buts que se propose le socialisme. Il rappelle une conversation qu'il eut autrefois avec Saint-Simon, lequel lui présageait dès lors les succès contagieux des idées sociales. C'est ainsi, ajoute-t-il, que quand la grippe se montre dans une localité, tout le monde tousse. Eh bien! Avant peu, tous vous serez grippés !(Hilarité universelle).

            Nous renverrons ceux de nos lecteurs qui seraient curieux de connaître in extenso l’argumentation présentée par M. Pierre Leroux à l’appui de sa thèse au Moniteur du 22 novembre 1851.

            Les deux immenses colonnes que le journal Officiel consacre à reproduire ce discours, prononcé au milieu des éclats de rire et des huées, demeureront pour apprendre aux générations à venir quel emploi faisait du peu de temps qui lui restait à vivre l’Assemblée politique, alors dépositaire des destinées de la France.